Voilà ce que se disait Rod, en revenant vers le campement, l’imagination envolée dans le rêve.

Wabi l’avait précédé. Il avait rapporté un jeune daim et ce fut l’occasion d’un véritable festin. Mais si Roderick n’avait pas été aussi heureux dans sa chasse, la nouvelle qu’il annonçait de la proximité de la piste qui reliait Wabinosh-House à Kénogami-House était d’importance et valait bien un beau coup de fusil.

Après des semaines d’isolement dans les solitudes sauvages du Wilderness, c’était un joyeux événement de se savoir si près d’autres hommes, qui étaient des civilisés et non des bandits du Désert. Rod, par contre, n’insista pas outre mesure sur les jolis petits pieds, qui plus vite avaient fait circuler le sang de ses veines. C’était s’exposer, il le savait, vingt-quatre heures durant, aux quolibets de Wabi. Il se contenta de mentionner le fait, en ajoutant, d’un air indifférent, que les pieds en question étaient dignes de Minnetaki.

Cette journée encore s’écoula à manger, se reposer et dormir, et à panser la blessure de Mukoki. Mais, dès l’aurore du lendemain, les trois compagnons, cessant de marcher vers le sud pour se diriger désormais vers l’ouest, entamèrent les dernières étapes du retour. Chemin faisant, Wabi se frappa soudain le front.

« Nous avons oublié, dit-il, notre belle tête d’élan, enfouie par moi dans son trou de glace ! Oh ! c’est dommage… Si nous retournions la chercher ! Qu’en dis-tu, Muki ? Un pareil trophée nous ferait singulièrement honneur. »

Mukoki avait pris la proposition au sérieux. Il hocha la tête.

« Woongas, dit-il, toujours là-bas peut-être. Pourquoi tomber encore dans gueule du loup ? »

Wabi se mit à rire.

« Rassure-toi, Muki. Nous n’irons pas. C’étaient pourtant de bien belles cornes ! »

Deux jours après, vers midi, d’une haute crête de montagne, le Lac Nipigon apparut au loin, à une centaine de milles environ.