Colomb, lorsqu’il posa le pied, pour la première fois, sur le continent qu’il venait de découvrir, ne fut pas d’une once plus heureux que Roderick Drew, lorsqu’il aperçut le terme de son long voyage. Là-bas, c’était la factorerie, d’où il était parti, et Minnetaki retrouvée ! Oubliant les raquettes qu’il avait aux pieds, il esquissa en l’air, tant bien que mal, un saut périlleux.

Tout l’après-midi, il s’emplit l’esprit de visions dorées. Ce serait d’abord Minnetaki qu’il rencontrerait. Serait-elle contente de le revoir ? Oui, sans doute. Mais sa joie à elle égalerait-elle son bonheur à lui ? Puis, dans trois semaines, il serait rentré dans son home familial, à Détroit, et c’est Mistress Drew, sa mère bien-aimée, qui lui ouvrirait ses bras. Et il aurait emmené Wabi avec lui ! La fatigue ne semblait plus compter pour ses muscles et sa bonne humeur ne tarissait pas. Il riait, il sifflait, s’essayait même à chanter.

Deux autres jours de marche furent nécessaires pour atteindre le Lac Nipigon et en contourner ou traverser sur la glace une partie.

Le soir de ce deuxième jour, comme le soleil, en un dernier adieu, descendait à l’horizon, rouge et froid dans sa gloire, sur la blanche froidure du Wilderness, les trois chasseurs atteignirent la petite colline boisée à laquelle s’adossait Wabinosh-House.

Ils s’engagèrent sous les arbres et, au moment où l’astre, au terme de sa course, disparaissait dans les noires ramures, les notes imprévues d’un clairon parvinrent, claires et sonores, jusqu’à eux.

Wabi avait dressé l’oreille et écoutait. Son front joyeux s’était assombri.

« Que signifie ceci ? » dit-il.

Rod s’exclama :

« Un clairon ! »

Le clairon se tut et, quelques secondes après, retentissait le « boum » lourd d’un gros canon.