« Si je ne me trompe, dit Rod, c’est la vesprée militaire. Vous avez donc des soldats à la factorerie ?

— Je n’en ai jamais vus, par saint George, répondit Wabi. Qu’est-ce que tout cela signifie ? »

Les raquettes dévalèrent à toute vitesse et, un quart d’heure après, les trois compagnons étaient devant Wabinosh-House. Les alentours de la factorerie avaient complètement changé d’aspect. Sur le terrain libre s’étaient élevées une demi-douzaine de maisons près desquelles allaient et venaient des groupes de soldats, portant l’uniforme de S. M. le Roi d’Angleterre.

Tandis que Mukoki regagnait discrètement le logis des employés de la factorerie et que Wabi se précipitait vers le home du factor, Rod continuait jusqu’aux magasins qui étaient en bordure du lac, et où il se souvenait que Minnetaki aimait à s’isoler et à rêver.

Mais son espoir fut déçu. La jeune fille ne s’y trouvait pas. Il revint vers la maison du factor.

Wabi l’attendait en haut des marches, à côté de son père et de sa mère, la Minnetaki indienne, qui lui souhaitèrent la bienvenue.

« Rod, écoutez cela ! lui dit Wabi, lorsqu’ils furent restés seuls ensemble, en attendant le dîner. Durant notre absence, les Woongas ont redoublé d’audace, mis presque en état de siège la factorerie, et tout le monde a vécu ici des heures tragiques. Devant leurs assassinats et leurs vols, le gouvernement leur a officiellement déclaré la guerre et a expédié des soldats, avec ordre de les traquer et de les exterminer sans merci ! »

Les yeux de Wabi étincelaient. Après un instant, il reprit :

« Les battues et les reconnaissances ont commencé, il y a quelques jours. S’ils ont fléchi dans notre poursuite et s’ils ont finalement abandonné dans le ravin la proie tant convoitée que nous étions pour eux, c’est, je n’en doute pas, qu’ils ont été, à ce moment, alertés sur leur arrière. Mais tout ceci n’est encore qu’escarmourches. Demain, les soldats se mettront en marche pour le grand nettoyage ! Vous demeurez, Rod, n’est-il pas vrai ? Et vous vous enrôlez avec moi pour toute la durée de la campagne…

— Je ne le puis, Wabi ! Non, vous le savez bien, ma mère m’attend, et c’est vous qui m’accompagnez. Les soldats de Sa Majesté peuvent marcher sans vous. Venez à Détroit et persuadez à votre mère de nous laisser emmener Minnetaki ! »