L’Indien, sur son ordre, ramena lentement l’embarcation vers la rive. Durant ce temps, Wabi avait peine à réprimer son envie de rire, en voyant émerger la tête ruisselante de son ami et sa mine déconfite.
« Par saint George ! ce coup était élégant pour un néophyte. Vous l’avez eu, votre ours ! »
Rod, en dépit de sa position fâcheuse, se rasséréna à cette bonne nouvelle. Dès qu’il eut atteint la terre ferme, il échappa à l’étreinte de Wabi qui, tout ému encore, prétendait le serrer dans ses bras, et il courut, sous les arbres, après son ours.
Il le trouva sur le sommet du coteau, bien mort, d’une balle qui lui avait traversé les côtes, et d’une autre qu’il avait reçue en pleine tête.
Alors, devant la première grosse pièce qu’il avait abattue, dégouttant d’eau et grelottant de tous ses membres, il jeta vers ses deux compagnons, qui étaient occupés à amarrer le canot, une série de cris de triomphe, qu’on aurait pu entendre à un demi-mille de distance.
Wabi accourut.
« L’endroit, dit-il, est excellent pour camper cette nuit. La chance nous a bien servis. Nous aurons, grâce à vous, un glorieux festin, et le bois ne manquera pas pour le faire cuire et établir notre abri. Voilà qui vous prouve que la vie vaut la peine d’être vécue sur la terre du Nord ! »
Puis il appela le vieil Indien :
« Holà, Muki ! »
Cet Indien était un proche cousin du vieux Wabigoon. Il s’appelait de son vrai nom Mukoki, et on l’appelait, par abréviation, Muki. Il avait été, depuis la tendre enfance de Wabi, son fidèle compagnon.