Les pièges de Mukoki étaient peu éloignés et un formidable grognement de contentement ne tarda pas à s’échapper de la poitrine de l’Indien, qui pressa le pas.

Rod l’eut bientôt rejoint. Devant lui une masse noire gisait sur la neige.

« Lui ! » s’exclama l’Indien.

En les voyant arriver, la masse noire s’était animée. Elle se démenait et haletait, en des spasmes d’agonie.

Mukoki examina sa prise.

« Louve ! » expliqua-t-il.

Il prit dans sa main la hache qu’il avait apportée avec lui et s’approcha de l’animal étalé devant lui.

Rod put constater que l’une des grosses pinces d’acier avait happé la bête par une patte de devant, et que la seconde avait enfoncé ses dents dans une patte de derrière. Appréhendé ainsi, le captif ne pouvait rien pour se défendre et il gisait dans un calme sombre, découvrant l’éclat luisant de ses dents blanches, silencieux et apeuré. Ses yeux brillaient, de souffrance fiévreuse et de fureur impuissante, et lorsque l’Indien leva le bras pour frapper, il fut secoué d’un tremblement d’angoisse.

C’était un cruel spectacle et Rod eût senti la pitié monter en lui, s’il ne se fût souvenu, à ce moment, du danger qu’il avait couru la veille et de sa fuite précipitée devant la bande de loups.

En deux ou trois coups rapides, Mukoki acheva l’animal. Puis, avec une habileté spéciale à sa race, il tira son couteau et sectionna lestement la peau, tout autour de la tête de la louve, en passant juste au-dessous des oreilles. Une petite secousse de haut en bas, une autre de bas en haut, une à droite et une à gauche, et le scalp se détacha.