[5] Snow bird. Espèce de gélinotte ou de poule sauvage. (Note des Traducteurs.)

Assez longtemps, il demeura ainsi, aussi immobile que la souche d’arbre sur laquelle il était assis. Il délassait ses jambes et écoutait. Ce silence exerçait sur lui une fascination étrange. On eût dit que le monde entier s’était évanoui, que même les hôtes sauvages de la forêt n’osaient sortir de leur retraite, à cette heure où le ciel semait, comme avec une main, les blancs flocons inépuisables, dont sans doute, jusqu’à la Baie d’Hudson, le manteau couvrait la terre.

CHAPITRE VI
MYSTÉRIEUX COUPS DE FEU DANS LE SILENCE

Comme Wabi était là, prêtant l’oreille à ce mutisme universel, un bruit, tout à coup, claqua dans l’air, qui arracha à ses lèvres un cri inarticulé. C’était la détonation, claire et retentissante, d’un fusil. Une autre suivit, puis une autre encore, et une troisième. Coup sur coup, il en compta cinq, successivement.

Que signifiait ceci ? Il sauta sur ses pieds, le cœur battant. La détonation ressemblait à celle du fusil de Mukoki. Et pourtant le vieil Indien n’aurait pas tiré sur du gibier ! Cela avait été expressément convenu.

Rod et Mukoki avaient-ils été attaqués ? L’instant n’était point aux réflexions superflues et Wabi reprit sa course.

Si ses compagnons étaient en danger, il comprenait qu’il n’avait pas une minute à perdre. Mais sans doute arriverait-il trop tard. Aux cinq coups tirés avait succédé à nouveau l’absolu silence, et c’était pour lui une angoisse de plus. S’il y avait eu embuscade, tout maintenant devait être fini. Et, tandis qu’il courait, aveuglé par la neige, le doigt en arrêt sur la gâchette de son fusil, prêt à tirer, il épiait si d’autres bruits de la bataille ne parviendraient pas jusqu’à lui, coups de fusil ou de revolver, ou chant de triomphe du vainqueur.

Il arriva à un endroit où la vallée s’étranglait au point que l’Ombakika gelé, qui n’était plus maintenant qu’un simple torrent, disparaissait complètement sous de grands cèdres, serrés et touffus, qui rejoignaient leurs branches au-dessus de lui.

L’étroitesse de ce couloir rocheux augmentait son aspect sinistre de l’obscurité des cèdres qui s’y tassaient et de la grise pâleur crépusculaire du ciel du Nord où, déjà, en novembre, se mourait le jour.

Instinctivement, avant de s’engager dans ce traquenard, Wabi s’arrêta, pour mieux écouter.