Les ombres se parlaient à voix basse. Mais tel était le silence que le marmottement de leurs paroles parvenait jusqu’à lui. A un moment, le ton d’une des voix se haussa légèrement, et il entendit :
« All right ! »
Ce n’était certes pas un Woonga qui s’exprimait ainsi. L’inflexion était très pure.
Alors, à son tour, il appela doucement :
« Rod, est-ce vous ? Ho ! Muki… Rod… Muki ! »
Une seconde après, les trois amis étaient réunis, se serrant la main, en silence, à se la briser. La pâleur mortelle de Rod, la tension des traits bronzés de Wabi et de Mukoki disaient suffisamment l’angoisse mutuelle qui venait de les étreindre.
« Vous, tout à l’heure, tirer ? murmura Mukoki.
— Non, je n’ai pas tiré, répondit Wabi, dont les yeux se dilataient d’étonnement. Et vous ?
— Non ! »
Ce seul mot tomba des lèvres du vieil Indien. Mais il contenait en soi tout un monde d’interrogations et d’inquiétudes nouvelles. Les cinq coups de fusil, qui donc les avait tirés ?