Rod et Mukoki avaient supposé que c’était Wabi, comme lui-même avait cru que c’était eux, et ils étaient revenus au-devant de lui, afin de lui porter secours, s’il était nécessaire.

« Moi penser, dit Mukoki, l’ennemi être embusqué là ! »

Et il désigna du doigt le bois de cèdre. Wabi se contenta de secouer la tête.

Ne sachant que conclure, ils demeuraient tous trois à la même place. Un unique cri de loup se fit entendre, à un demi-mille environ vers l’arrière.

« L’animal, dit Wabi, a dû rencontrer une piste d’hommes. Je ne pense pas que ce soit la mienne, car la direction du son n’y est pas. »

Aucun autre bruit ne rompit plus, ensuite, le calme de la nuit tombante. Mukoki se remit en marche et les deux boys le suivirent.

Ils allèrent ainsi, durant un quart de mille. La vallée s’étranglait de plus en plus et le lit glacé du torrent s’était engagé entre de grandes masses de rochers, qui s’amoncelaient en de farouches entassements et formaient comme autant de montagnes escarpées. Il disparaissait peu après entre ces rocs cyclopéens et plongeait sous terre. Il n’y avait pas moyen de passer outre.

Abandonnant le fond de la vallée, les trois compagnons grimpèrent, parmi des blocs erratiques, jusqu’à une crête où, sous l’abri d’un gros rocher, excellente protection contre le vent, qui soufflait à l’opposé, et contre la neige, les restes d’un feu brûlaient encore.

C’était à ce point que s’étaient arrêtés Rod et Mukoki, lorsqu’ils avaient rebroussé vers Wabi, à la suite des cinq mystérieuses détonations.

L’endroit était confortable à souhait et idéal pour camper, après la marche du jour, si fatigante dans la neige molle. Mukoki avait déjà disposé une odorante paroi de ramures de sapin et, près du feu, un gros morceau de venaison, tout embroché, avait été abandonné par le vieil Indien, dans la précipitation de l’alerte.