Les deux boys semblaient ravis et se regardaient, tout heureux, malgré le danger immanent qui pesait sur eux. Ils s’apprêtaient à s’installer pour la nuit dans leur home et commençaient à attiser le foyer. Mais, ayant levé les yeux vers Mukoki, ils furent surpris de son attitude.
Dans une désapprobation muette de la besogne à laquelle ils se livraient, le vieux guide était demeuré debout, appuyé sur son fusil, sans un mouvement.
Wabi, un genou en terre, l’interrogea du regard.
« Pas faire de feu, murmura le vieil Indien en secouant la tête. Pas rester ici. Continuer au-dessus de la montagne. »
Et il tendit son long bras vers le nord.
« Fleuve, dit-il, contourner montagne à travers rochers, puis faire cascades et après grands marais, bon refuge aux élans. Ensuite devenir large et uni à nouveau. Nous, passer par-dessus montagne. Neiger toute la nuit. Matin venir et point de piste pour Woongas. Si rester ici, faire belle piste au matin. Woongas suivre comme diables. Très clair à voir ! »
Wabi se redressa et un amer désappointement se marqua sur son visage. Depuis le matin, de bonne heure, il avait marché, couru même, plus d’une fois. Il ressentait une fatigue suffisante pour risquer, sans regrets, un peu de péril, afin de pouvoir souper et dormir.
Le cas de Rod était pire encore que le sien, quoique sa course eût été moindre. Pendant quelques instants, les deux boys se dévisagèrent, silencieux et tout marris, s’essayant à dissimuler de leur mieux le dépit qu’ils ressentaient de la suggestion de Mukoki. Mais Wabi était trop raisonnable pour s’opposer délibérément à l’avis du vieil Indien. Si celui-ci affirmait qu’il était dangereux de passer la nuit en ce gîte, eh bien ! il fallait l’en croire et dire non eût été folie.
Alors, avec une figure mi-contrite, mi-riante, et réconfortant de son mieux Rod qui en avait grand besoin, Wabi commença à réajuster sur ses épaules son paquet, qu’il avait, en arrivant, jeté sur le sol. Mukoki, de son côté, encourageait le pauvre boy.
« Grimper montagne. Pas très loin marcher. Deux ou trois milles. Aller lentement. Alors campement et bon souper. »