La paroi du rocher, faisant office de réflecteur, renvoyait, en la décuplant, la chaleur bienfaisante du feu et sa lueur incandescente. Dans ce rayonnement brûlant, Rod sentit, dès qu’il eut fini de manger, un invincible sommeil s’emparer de lui. Sans pouvoir davantage lutter contre, il se traîna, dormant déjà, vers la hutte, et s’enveloppa dans une couverture, sur son lit de sapin odorant. Quelques minutes après, rien n’était plus pour lui.
La dernière vision consciente de ses yeux mi-clos avait été Mukoki empilant sur le foyer bûches sur bûches, et la flamme qui jaillissait à près de quatre mètres de haut, en illuminant dans la nuit un hallucinant paysage de rocs chaotiques.
CHAPITRE VII
LA DANSE DES CARIBOUS
C’est une fois couché et ses nerfs se détendant, que Roderick Drew éprouva la répercussion de l’effort excessif accompli par lui, malgré sa blessure, au cours de la journée écoulée.
Des rêves agités et dénués d’agrément vinrent troubler la fièvre de son sommeil. Tandis que Wabi et le vieil Indien, plus cuirassés contre la fatigue et les émotions du Désert, reposaient en paix et dormaient les poings fermés, notre citadin, à plusieurs reprises, se réveilla en sursaut, avec un soupir sourd ou un cri aigu, en s’imaginant qu’il courait un grand danger. Ce n’était qu’en passant sa main sur ses yeux, à demi levé, sur son coude, qu’il se rendait compte que l’aventure où il se débattait n’était qu’un cauchemar.
Dans un de ces sursauts, et comme il se redressait sur sa couche, pour la dixième fois, il lui sembla entendre des pas. Il s’étira les membres, il se frotta les paupières, regarda les formes sombres et immobiles de ses compagnons endormis, et, convaincu qu’il avait rêvé, une fois de plus, il se plongea à nouveau dans les ramures de sapin.
Il lui parut que l’imperceptible bruit recommençait et, comme mû par un ressort, il se dressa du coup sur son séant. Pas de doute possible. Il eût mis sa tête à couper qu’il entendait bien, tout contre la hutte, craquer la neige, sous un pas prudent et doux. Il retint son haleine et prêta l’oreille. Pas un bruit ne rompait le silence, que les éclatements d’un tison dans le feu. Il avait décidément rêvé et il tirait à lui sa couverture, lorsque…
Son cœur cessa de battre. Qui était là ?
Complètement réveillé maintenant, les yeux grands ouverts, tous ses sens tendus vers l’action éventuelle, lentement, avec précaution, il se leva. Les pas et craquement de la neige étaient devenus très distincts. On marchait derrière la hutte. On s’éloignait. Puis on s’arrêtait. La lueur vacillante du feu, à demi éteint, mettait encore son reflet rougeâtre sur le pan du grand rocher.
A cette indécise lumière, Rod vit quelque chose remuer. Une forme obscure rampait sournoisement vers la hutte endormie.