« Woongas ! Ah ! Ah ! Rod tuer lynx beau et gras ! » cria-t-il.

Rode eut un recul, un peu honteux, et rentra dans la hutte, tandis que Wabi, jetant un long cri, qui se répercuta dans la nuit, allait rejoindre Mukoki.

« Woongas ! Ah ! Ah ! gloussait le vieil Indien. Lynx beau et gras, tiré en plein dans la face. »

Rod émergea de sa retraite et rejoignit ses compagnons, avec une grimace que Wabi compara à celle d’un mouton qui bêle.

« Cela vous va bien, protesta Rod, de vous moquer de moi ! Mais que serait-il advenu si ç’avait été réellement des Woongas ? Par saint George ! si jamais nous sommes de nouveau attaqués, je ne bougerai plus et vous laisserai le soin de les chasser. »

Quoiqu’on le raillât, Roderick était excessivement fier de son lynx. C’était une bête de grosse taille, que la faim avait attirée vers les reliefs du repas et qui, prudemment, inspectait les lieux lorsque le boy avait tiré. Quant à Loup, il s’était prudemment tenu coi, en voyant qu’il ne s’agissait pas d’un homme, mais seulement d’un lynx, qui est, par surcroît, un ennemi-né de sa race.

Mukoki se hâta de dépouiller l’animal, pendant que celui-ci était encore chaud.

« Vous, aller vous coucher, dit-il aux deux jeunes gens. Moi rallumer le feu, puis dormir aussi. »

Cet incident tragi-comique libéra Rod de ses autres cauchemars et il s’endormit plus calme, désormais.

Tard, le lendemain matin, il se réveilla. La neige ne tombait plus et un soleil magnifique brillait au ciel. Wabi et le vieil Indien étaient déjà dehors, en train de préparer le déjeuner, et le gai sifflement de son camarade rappela à Rod que la crainte des Woongas s’était évanouie. Sans s’attarder davantage au lit, il se leva à son tour.