Une demi-douzaine de fois, au cours de la matinée, les trois compagnons s’arrêtèrent pour se reposer. A midi, Wabi calcula qu’ils devaient avoir couvert une vingtaine de milles. Rod, quoiqu’il commençât à sentir la fatigue, déclara qu’il était encore bon pour une dizaine d’autres. On dîna.
Puis l’aspect du pays se modifia et celui-ci redevint très accidenté. Une petite rivière, qu’ils suivaient, devint un torrent tumultueux entre ses rives gelées. Les blocs erratiques et les masses rocheuses reparurent, encadrés de collines boisées. A chaque pas, le pittoresque augmentait. Un autre chaînon de montagnes, escarpées et sauvages, apparut vers l’est. Les petits lacs se faisaient aussi plus nombreux, dans leurs criques glacées.
Mais ce qui réjouissait surtout le cœur de nos chasseurs, c’était la fréquence des empreintes probantes de gibier et d’animaux à fourrure. Les endroits faits à souhait pour établir le campement d’hiver abondaient. Ce n’était que l’embarras du choix et les trois compagnons ralentirent leur marche.
Après la dernière ascension, dirigée par Mukoki, d’une colline assez haute qui leur barrait la route, ils firent halte, en poussant un cri joyeux.
Le site était idéal et sa beauté retirée tout à fait inattendue. Au fond d’une cuvette rocheuse, couronnée par l’amphithéâtre majestueux d’une forêt de cèdres, de sapins et de bouleaux, dormait un laquet, minuscule et charmant. A l’une de ses extrémités, s’étendait une petite surface plane qui, en été, devait être une prairie.
Mukoki, sans mot dire, jeta à terre le lourd paquet dont il s’était chargé. Rod fit de même avec le sien et Wabi se déharnacha des courroies avec lesquelles il tirait le toboggan. Il n’y eut pas jusqu’à Loup qui, tirant sur sa lanière, ne plongeât, lui aussi, dans le trou ses yeux avides, comme s’il eût compris, à l’instar de ses maîtres, que le « home » d’hiver était trouvé.
Ce fut Wabi qui, le premier, rompit le silence.
« Comment trouves-tu l’endroit, Muki ? » interrogea-t-il.
Muki gloussa, avec une satisfaction évidente et sans bornes.
« Très joli et bon. Nous avoir là excellent hiver. Beaucoup de bois pour feu. Aucun voisin ! »