Wabi, prenant un des cailloux, l’emporta sur le seuil de la porte, à la lumière du grand jour. Puis, sortant de l’étui son couteau de poche, il l’enfonça dans l’énigmatique objet. Avant même que Rod se fût penché sur l’entaille, la voix du jeune Indien s’éleva, claironnante.
« C’est une pépite d’or ! s’exclama-t-il.
— Et c’est pour elle qu’ils se sont battus ! » cria Rod, tout heureux de savoir.
Le plaisir d’avoir enfin percé le mystère qui le lancinait l’emporta tout d’abord pour lui sur l’intérêt de la découverte, considérée en elle-même.
Mais Wabi et Mukoki étaient dans une excitation sans pareille. On eût dit qu’ils étaient devenus fous. Le petit sac fut complètement retourné. Puis la table fut débarrassée de tout ce qui l’encombrait. Les coins et recoins de la cabane furent scrutés à nouveau, avec une ardeur délirante. Rod, aiguillonné par l’exemple, se mit de la partie. Sans proférer une parole, les trois hommes, debout, agenouillés, ou à plat ventre, étaient à chercher, chercher, chercher encore. Telle est l’attirance de l’or vierge. Telles sont les étincelles qu’il fait jaillir du feu latent et fébrile qui brûle pour lui dans le cœur de tout homme. Chaque guenille, chaque tas de poussière, chaque débris méconnaissable fut examiné, trié, tamisé, éparpillé. Les trois chercheurs ne s’arrêtèrent qu’au bout d’une heure, sans avoir rien trouvé, âprement désappointés.
« C’est tout ce qu’il y a ! » dit Wabi, en se décidant à desserrer les lèvres.
Il reprit, après un silence :
« Nous allons vider entièrement la cabane et, demain, nous arracherons le plancher ! On ne sait pas ce qu’il peut y avoir dessous. De toute façon, il nous faut un plancher neuf. La nuit commence et, si nous voulons nous aménager un gîte décent, il faut nous remuer. »
Tous les détritus furent, sans perdre une minute, balayés et sortis. Lorsque la nuit fut complètement tombée, les couvertures étaient déjà déroulées, les divers paquets et les provisions empilés dans un des coins de la cabane, en aussi bon ordre que sur un bateau. Ce fut l’expression même dont se servit Rod.
Un énorme feu fut aménagé extérieurement, devant la porte restée ouverte, et, quand il flamba, sa chaleur et sa lumière emplirent l’intérieur du « home », devenu tout à fait confortable. Une paire de chandelles compléta la fête et acheva de donner l’impression d’un chez-soi idéal. Le souper, servi par Mukoki, prit une allure de festin. Au menu : caribou rôti ; haricots froids, que le vieil Indien avait cuits au dernier campement ; gâteau de farine et café chaud. Nos trois chasseurs s’en pourléchèrent, comme s’ils n’avaient pas mangé depuis huit jours.