Le « home » des trois chasseurs, dès cette seconde nuit, avait pris bon aspect. Il ne restait plus à établir, à l’aide de cloisons, trois chambres pour chacun d’eux. C’était un travail que l’on exécuterait à temps perdu. Il fut convenu qu’ils se mettraient en route au point du jour, chargés des pièges, et à la recherche d’une piste, en ouvrant l’œil principalement sur les traces de loups.
CHAPITRE X
POURQUOI LOUP ET MUKOKI HAÏSSAIENT LES LOUPS
Par deux fois, au cours de la nuit, Roderick fut réveillé par un léger bruit. C’était Mukoki qui allait ouvrir la porte de la cabane.
La seconde fois, il se souleva dans ses couvertures et, s’appuyant sur ses coudes, il observa le vieil Indien.
La nuit était resplendissante et un flux de clair de lune ruisselait sur le campement. Rod pouvait entendre Mukoki glousser et grogner, comme se parlant à lui-même. A la fin, sa curiosité l’emporta et, s’enroulant dans ses couvertures, pour ne point avoir froid, il alla rejoindre l’Indien sur le seuil de la porte.
Le regard levé de Mukoki semblait perdu dans l’espace. Le globe lunaire se trouvait au zénith, juste au-dessus de la cabane, et, comme le ciel était sans nuage, il faisait clair à ce point que l’on distinguait nettement tous les objets sur l’autre rive du lac.
Le froid était non moins vif et Rod en sentait déjà les picotements sur sa figure. Il se demandait ce que pouvait fixer ainsi, sur l’empyrée, la vue de Mukoki, à moins que ce ne fût la magnificence même de la nuit.
« Qu’est-ce qu’il y a, Mukoki ? » interrogea-t-il.
Le vieil Indien rabaissa vers lui son regard et demeura un instant sans rien dire. Il était visible qu’une sorte de joie mystérieuse l’absorbait tout entier. Elle se peignait sur tous ses traits.
« Nuit de loups ! » murmura-t-il.