Il se retourna vers Wabi, qui dormait toujours.
« Nuit de loups ! » répéta-t-il.
Et il se glissa comme une ombre vers le jeune chasseur.
Rod observait ses mouvements avec un étonnement croissant. Il le vit qui se penchait sur Wabi, le secouait par les épaules, pour le réveiller, et il l’entendit qui répétait, une fois de plus :
« Nuit de loups ! Nuit de loups ! »
Wabi s’éveilla et s’assit sur son séant, tandis que Mukoki s’en retournait vers la porte. Il s’était complètement vêtu et équipé, et déjà, armé de son fusil, il sortait et se glissait dans la nuit.
Wabi avait rejoint Roderick et ils aperçurent tous deux la forme sombre de Mukoki qui filait à toute allure sur la glace du lac, puis gravissait la colline opposée et se perdait au delà, dans le blanc désert du Wilderness.
Rod, ayant sur ces entrefaites regardé Wabi, il vit que les yeux de son camarade étaient étrangement dilatés et que, devenus fixes comme ceux, tout à l’heure, du vieil Indien, ils reflétaient un trouble intérieur intense. Puis muettement, Wabi alla vers la table, alluma une chandelle et s’habilla.
Il revint alors vers la porte ouverte, encore mal remis de ce trouble mystérieux, et siffla haut. A ce sifflement, Loup, qui avait à peu de distance de la cabane son abri, répondit par un hurlement gémissant.
Dix fois, vingt fois, Wabi recommença à siffler, sans que fît écho le sifflement de Mukoki. Voyant que son attente était vaine, il s’élança sur le lac, le traversa avec une rapidité égale à celle du vieil Indien, gravit la colline, sur une autre rive, et interrogea du regard la blanche et brillante immensité du Wilderness, qui se déployait sous ses pieds. Mukoki avait complètement disparu.