Les chasseurs se partagèrent les pièges, qui étaient de trois dimensions différentes. Il y en avait cinquante petits pour les visons[10], martres et autres bestioles à fourrure ; quinze, un peu plus forts, pour les renards, et autant, de grande taille, à l’usage des lynx et des loups. Wabi prit dans son équipement vingt petits pièges, quatre à renards et quatre grands. Rod et Mukoki se chargèrent des autres. Ce qui restait de viande de caribou fut pareillement réparti entre les trois chasseurs, pour servir d’appât.

[10] Sorte de putois du Canada, dont la fourrure est brune et brillante. (Note des Traducteurs.)

Tous ces préparatifs étaient terminés avant l’aube et le soleil émergeait seulement de l’horizon, sur le Wilderness, lorsqu’on se mit en route.

Ainsi que l’avait prévu Mukoki, c’était une splendide journée qui s’annonçait, un de ces jours très purs et sans nuages, au froid mordant, où selon la croyance des Indiens, le Grand Créateur du monde prive de soleil le reste de l’univers, afin de faire luire toute sa splendeur sur leur terre sauvage.

Lorsqu’ils furent au sommet de la colline qui faisait face à leur cabane, les trois hommes s’arrêtèrent, pendant quelques instants, et Rod contempla au loin, muet d’admiration, l’immense paysage étincelant. Puis on se sépara.

Rod et Mukoki n’avaient pas marché pendant cinq minutes que l’Indien indiqua à son compagnon un tronc d’arbre mort, qui était tombé en travers d’un petit torrent. Sur ce pont improvisé, la neige était battue de menues empreintes. Mukoki les examina, et, tout de suite, déchargea son ballot.

« Vison ! » dit-il.

Puis, ayant suivi la piste jusqu’à une jonchée d’autres arbres abattus par le vent :

« Toute une famille vivre ici. Trois, peut-être quatre, peut-être cinq. Bâtir ici « maison de trappes ».

Jamais encore Rod n’avait vu disposer de pièges à la mode du vieil Indien. Sur la piste, un peu au delà du torrent, il construisit, avec des branches, un petit abri, pareil à une maisonnette. Il y plaça ensuite un morceau de viande de caribou et, un peu en avant, il installa son piège, soigneusement dissimulé avec un peu de neige et brindilles de bois. En vingt minutes, Mukoki avait édifié deux de ces abris et posé deux pièges.