Comme ils se remettaient en route, Rod demanda :

« Pourquoi, Muki, construis-tu ces petites maisons ? »

L’Indien expliqua :

« Beaucoup de neige souvent tomber en cette saison. Bâtir petite maison pour préserver pièges de la neige. Si pas faire cela, falloir toujours surveiller pièges et déterrer eux de la neige. Quand vison sentir viande, lui entrer dans maison et forcé de passer sur trappe. Bon pour petits animaux. Pas bon pour lynx. Quand lui voir maison, tourner autour, autour, autour, et puis partir. Lynx intelligent et rusé coquin. Loup et renard aussi.

— Que vaut un vison ? interrogea Rod.

— Cinq dollars, pas plus. Sept, huit dollars, si très beau. »

Au cours du prochain mille, six autres pièges semblables furent posés. La crête rocheuse que suivaient les deux chasseurs s’élevait de plus en plus et le regard de Mukoki s’allumait d’un feu qui trahissait une autre préoccupation que celle des petites bêtes à fourrure. Sa marche se faisait lente et prudente, et, quand il parlait à Rod, ce n’était qu’un simple murmure qui filtrait de ses lèvres. Rod lui répondait dans la même gamme.

Tous deux s’arrêtaient, de temps à autre, fouillant du regard les vastes espaces qu’ils dominaient et tâchant d’y découvrir des traces de vie. Chemin faisant, ils posèrent deux pièges à renards, dans deux coulées qui trahissaient ostensiblement le passage de ces animaux.

Un peu plus loin, dans un ravin sauvage encombré d’arbres écroulés et de masses rocheuses, ils rencontrèrent une piste de lynx et deux pièges furent installés, l’un à l’entrée du ravin, l’autre à son issue. Mais il était visible que, même au cours de ces opérations, l’esprit de Mukoki était ailleurs.

Ils avançaient de front, à une cinquantaine de yards l’un de l’autre, Rod se tenant avec soin sur la même ligne que Mukoki et imitant sa circonspection. Soudain, le jeune homme entendit un appel sourd de son compagnon et il vit celui-ci l’appelant par de grands gestes, qui trahissaient un frénétique enthousiasme. Il se hâta de le rejoindre.