« Loup ! » murmura Mukoki.
Rod aperçut dans la neige un certain nombre d’empreintes, assez semblables à celles d’un chien.
« Trois loups ! continua l’Indien, dont la jubilation était extrême. Sortis de bonne heure, ce matin, de leur retraite. Venus se chauffer quelque part, au soleil, sur la montagne. »
Maintenant, ils suivaient la piste des loups. Ils ne tardèrent pas à y rencontrer le reste d’une carcasse de lapin. Des empreintes de renard se mêlaient, alentour, à celles des loups. Mukoki posa encore un piège. Puis ce furent des marques de chat-pêcheur et l’Indien y alla d’un nouveau piège.
Des pistes de cerfs et de caribous se croisaient en tous sens, mais Mukoki n’y prêtait point attention.
Bientôt les empreintes d’un quatrième loup se mêlèrent aux précédentes, puis celles d’un cinquième, qui avait rejoint la bande. Une demi-heure après, une autre piste de trois loups coupait à angle droit celle que suivaient les deux chasseurs, et se dirigeait vers la plaine et ses bois. La figure de Mukoki en était toute convulsée de joie.
« Multitude de loups ! s’exclama-t-il. Ici, là, partout ! Bon endroit pour chasse de la nuit ! »
La crête rocheuse s’abaissa ensuite vers un bas-fond où serpentait un ruisseau gelé. Les traces de vie abondaient, faisant battre le cœur de Rod et bouillir son sang. La neige, par places, était littéralement hachée de sabots de rennes. Des pistes couraient en tous sens et des poils étaient restés accrochés à l’écorce d’une vingtaine de petits sapins, contre lesquels les bêtes s’étaient frottées.
Le glissement de Mukoki sur la neige était étrange, impressionnant presque. Les brindilles mêmes des buissons qu’il traversait se courbaient sans bruit sur son passage et Rod, ayant par mégarde heurté d’une de ses raquettes une petite souche d’arbre, le vieil Indien en leva les mains au ciel, de réprobation et d’horreur pour une telle maladresse.
Un bref arrêt de Mukoki et un signe à Rod, qui le suivait, apprirent au jeune homme qu’un gibier était en vue. L’Indien s’accroupit sur ses raquettes et, lorsque Rod l’eut rejoint, il lui passa son fusil. Puis ses lèvres, presque muettement, ébauchèrent ce seul mot :