« Tirez ! »
Rod avait pris le fusil, d’une main fiévreuse. Avec un tremblement émotif, il vit, à une centaine de yards devant lui, un daim mâle, magnifique, qui broutait, aux branches d’un noisetier, quelques feuilles épargnées par l’hiver et à demi desséchées. Un peu plus loin étaient deux femelles.
Le jeune boy prit son aplomb. Le daim se présentait de flanc, le cou tendu et la tête levée, en une position idéale pour un beau coup de fusil, à l’arrière de la patte de devant, point vital entre tous. Rod visa et tira. En un bond spasmodique, l’animal tomba mort.
Tandis que Roderick en était encore à constater l’heureux effet de sa balle, Mukoki avait rapidement couru vers le gibier abattu. Le boy, lorsqu’il le rejoignit, le trouva agenouillé devant la victime, encore palpitante, et tenant en main un bidon à whisky, de la contenance d’un quart environ. Le vieil Indien, sans autre explication, enfonça son coutelas dans la gorge de l’animal et remplit le bidon de sang fumant.
Lorsque seulement il eut terminé, il souleva le bidon, d’un air de grande satisfaction, et dit :
« Sang pour loups ! Loups aimer sang. Grosse chasse ce soir. Pas de sang, pas d’appât véritable ! Et pas de loups abattus ! »
Mukoki semblait s’être départi maintenant de sa précédente gravité. Il était évident qu’il considérait comme accomplie la besogne de la matinée.
Il éventra le daim, il prit le cœur et le foie, découpa un quartier de viande. Tirant ensuite de son équipement une longue lanière, il en lia l’extrémité au cou de l’animal, jeta en l’air l’autre bout, par-dessus une branche d’arbre, et, avec l’aide de son compagnon, hissa ce qui restait du daim à plusieurs pieds au-dessus du sol.
« Si nous empêchés de venir ce soir, lui garanti de loups », expliqua-t-il.
Une dernière exploration du bas-fond amena les deux chasseurs à l’endroit où le sol se relevait, vers une pente couverte de gros blocs, et clairsemée de grands sapins et de bouleaux. Ils arrivèrent ainsi devant un énorme rocher qui attira aussitôt l’attention de Mukoki. Se hisser à son sommet était impossible sur presque toutes ses faces. D’un côté seulement, on pouvait tenter l’ascension, en s’aidant des branches d’un sapin qui était voisin. Le rocher se terminait par une petite plate-forme, comme on pouvait le voir d’en bas, et Mukoki gloussa, tout heureux :