« Bon endroit pour poser appât ! Ce soir attirer ici les loups. »

La montre de Rod marquait près de midi. Tous deux, les chasseurs s’assirent pour manger les sandwichs qu’ils avaient apportés. Après quoi, ils reprirent le chemin du retour. Au delà du bas-fond, ils atteignirent la route qu’ils avaient faite à l’aller, en coupant droit vers la cabane. Le terrain était terriblement accidenté et chaotique. Par endroits, une muraille abrupte, semblable à un rempart, surplombait à pic des précipices vertigineux.

Comme ils passaient ainsi au-dessus d’une crique, profonde de près de cinq cents pieds, où bondissait, l’été, un petit torrent, gouffre obscur et sinistre où ne pénétraient point les rayons du soleil, Mukoki s’arrêta, à plusieurs reprises. S’accrochant prudemment à un arbuste, il se pencha au-dessus de ce ravin apocalyptique, le scruta du regard et, quand il se releva, expliqua :

« Au printemps, abondance d’ours, là-dedans. »

Mais ce n’était point aux ours que Rod était en train de songer. L’idée de l’or avait à nouveau surgi dans son cerveau. Ce ravin mystérieux ne détenait-il pas le secret emporté dans la tombe, il y avait cinquante ans, par les deux squelettes de la cabane ?

Le noir silence enclos entre les parois de ce puits de l’abîme, cette désolation, qui évoquait celle d’un paysage lunaire, les obscures retraites de ce ravin où plongeaient ses yeux avides, tout, dans ce lieu maudit, semblait se rapporter à la tragédie du passé et lui avoir servi de théâtre. Le mot du secret qui le tourmentait, Rod en était convaincu, se trouvait là.

Cette idée ne le quitta plus, tandis qu’il suivait Mukoki. Sous l’empire de cette obsession, qu’il était impuissant à chasser, il alla prendre le bras du vieil Indien et lui dit :

« C’est dans ce ravin, Mukoki, que les pépites d’or ont été découvertes ! »

CHAPITRE XI
COMMENT LOUP ATTIRA SES FRÈRES A LA MORT

De cette heure, était né dans la poitrine de Roderick Drew un imprescriptible désir. Volontiers, il eût désormais abandonné, durant tout l’hiver, les joies et les profits de la chasse, pour se mettre à la poursuite de cet ignis fatuus[11], ce « feu dément » qui dévore l’homme, à tous les âges, et qui est la soif de l’or. Les squelettes de la cabane, lorsqu’ils étaient des hommes, avaient découvert une mine d’or, et cette mine n’était pas loin. Pour le premier or qu’ils avaient trouvé, fruit de quelques jours de travail, ils s’étaient battus et entre-tués. Voilà ce que ne cessait de se répéter Roderick Drew.