« Eh bien ! ceci être…
— Une douille de cartouche du fusil de Rod ! » acheva Wabi.
Mukoki avait froncé le sourcil.
« Aucun doute n’est possible, reprit Wabi. C’est une douille pour Remington du calibre 35, à chargement automatique. Il n’y a, dans toute cette région, que trois fusils de ce type. J’en ai un, Mukoki a l’autre. Vous avez, Rod, perdu le troisième dans votre bataille avec les Woongas ! »
La venaison, durant ce dialogue, commençait à brûler et Mukoki se hâta de la retirer du feu, pour la servir sur la table.
« Alors, déclara Rod, après un silence, cela veut dire que les Woongas sont sur nos traces ?
— C’est la question que je me suis posée, toute la journée, répliqua Wabi. La preuve est faite qu’ils ont, contrairement aux prévisions de Mukoki, passé de ce côté de la montagne. Je ne pense pas cependant qu’ils connaissent où nous sommes. La piste était à peu près à cinq milles de cette cabane. De deux jours au moins elle était vieille. Trois Indiens, chaussés de raquettes, l’avaient tracée, et elle se dirigeait vers le nord. J’en déduis qu’ils étaient, sans doute, en simple expédition de chasse et qu’après avoir décrit un cercle vers le sud, ils s’en sont retournés à leur campement coutumier. Je ne pense pas qu’ils s’en viennent plus loin. »
Wabi expliqua comment il avait constaté que la piste, à un moment donné, revenait sur elle-même et ce fut un soulagement évident pour Mukoki. Secouant la tête en signe d’approbation, il en conclut, lui aussi, que leurs ennemis n’iraient pas plus outre.
L’humeur des trois compagnons n’en fut pas moins assombrie et leur gaîté se refroidit. Et pourtant l’éventualité de ce péril possible ajoutait un nouveau ragoût, qui n’était point sans agrément, aux émotions prévues de leur expédition.
Lorsque le repas fut terminé, une sorte de plan de campagne fut aussitôt ébauché. Il fut convenu qu’on ne s’en tiendrait pas à une défensive, toujours désavantageuse. Si, un jour ou l’autre, une piste fraîche de Woongas se présentait, on se lancerait à leur poursuite et les trois amis commenceraient eux-mêmes la chasse à l’homme.