Ce fut Mukoki qui fit entendre, en guise d’avertissement, un premier et faible sifflement, et Wabi se hâta d’épauler.
Lentement, le vieil Indien, sans quitter son fusil, tira sur la lanière dont l’extrémité était attachée au cadavre du daim, qu’il amena de la sorte jusqu’au rebord du rocher. Un mouvement de plus, et le daim culbutait au milieu de la horde.
Comme des mouches qui s’abattent sur un morceau de sucre, les bêtes affamées se ruèrent sur leur proie, s’écrasant et se battant entre elles, pour y mieux mordre. Alors Mukoki, d’un sifflement strident, donna le signal de tirer dans le tas.
Quelques secondes durant, les ramures des cèdres flamboyèrent d’une auréole d’éclairs, qui semaient la mort au-dessous d’eux, et les détonations assourdissantes des deux fusils et du gros Colt étouffèrent les cris de douleur des loups.
En cinq secondes, un total de plus de quinze coups avait été tiré, et cinq autres secondes ne s’étaient pas écoulées que le grand et beau silence blanc de la nuit était retombé sur le Wilderness. Tandis que les survivants s’étaient enfuis, la mort muette était au pied du rocher, à peine interrompue par le faible râle des loups blessés, gisant sur la neige.
Dans les cèdres, résonna le déclic métallique des armes que l’on rechargeait. Puis Wabi prononça :
« Je crois que nous avons fait de la belle besogne, Mukoki ! »
Mukoki répondit en descendant de son arbre, et les deux boys l’imitèrent.
Devant le rocher, cinq corps étaient immobiles. Un sixième se traînait encore, à quelques pas. Mukoki l’abattit d’un coup de hache. Un septième loup avait fui un peu plus loin, en laissant derrière lui une traînée de sang. Lorsque Rod et Wabi le rejoignirent, l’animal en était à ses dernières convulsions.
« Sept ! s’exclama Wabi. C’est un des meilleurs tirs que j’aie jamais réussis. Cent cinq dollars en une nuit. N’est-ce pas, Rod, que ce n’est point mal ? »