Wabi et Mukoki contemplaient sans mot dire le sapin enflammé, qui ne paraissait pas, à Rod, être éloigné de plus d’un mille. Le silence de ses deux compagnons parut au jeune homme un mauvais présage.

Dans le regard de Mukoki une lueur étrange brillait, semblable à celle qui darde au fond de la prunelle des fauves, lorsque leur fureur est prête à éclater. Le visage de Wabi s’était empourpré de sang et, par trois fois, Rod le vit tourner, vers les yeux de Mukoki, des yeux dont la flamme ne pronostiquait non plus rien de bon.

De même que dans le cerveau de brute du loup captif, les anciens instincts de chasse et de liberté sauvage s’étaient tout à l’heure réveillés, de même aussi, dans l’âme du vieil Indien et dans celle, plus jeune, de Wabi, qui n’avait dans ses veines qu’une moitié de sang blanc, remontait lentement l’atavisme de la race. A travers la peau cuivrée de leurs visages, Rod lisait jusqu’au plus profond de leurs cœurs. Il comprenait que la haine de l’antique ennemi, le Woonga, longtemps comprimée, avait ressurgi en eux. L’occasion se présentait de l’assouvir et ils ne la laisseraient pas s’échapper.

Pendant cinq minutes encore, le grand sapin continua à projeter des gerbes d’étincelles. Puis la flamme tomba et la carcasse de l’arbre ne fut plus qu’une tour de braise. Mukoki regardait toujours, muet et farouche. A la fin, Wabi rompit le silence.

« A quelle distance est-il de nous, Muki ?

— A trois milles », répondit sans hésiter le vieil Indien.

— En quarante minutes, nous pouvons couvrir cette distance.

— Oui. »

Wabi, alors, se tourna vers Rod.

« Vous pourrez, n’est-ce pas, retrouver seul votre chemin jusqu’à la cabane ?