— Je ne dis pas non. Mais si vous partez en expédition, je vous accompagne. » Mukoki éclata d’un rire rauque et il prit un air désappointé.
« Non ! dit-il avec gravité et en remuant la tête. Non pas aller là-bas ! Le sapin éteint dans cinq minutes. Nous pas trouver le campement des Woongas. Mais faire, en marchant par là, bonne piste à voir par eux au matin. Meilleur attendre. Nous trouver un jour leur piste, et alors tirer ! »
Cette décision de Mukoki, de ne pas, ce soir-là, pousser plus loin l’aventure, fut pour Rod un immense soulagement. Ce n’était pas qu’il craignît la bataille et il n’eût point été fâché d’ouvrir le feu sur les hors-la-loi qui lui avaient volé son fusil. Mais la froide réflexion des hommes de sa race lui représentait aussi que les Woongas pouvaient être évités, avec quelque prudence, et qu’il était plus sage, en poussant au contraire vers le Nord, de continuer en paix à poser des pièges. Mieux valait, pour l’instant, sacrifier son fusil. Et surtout cette diversion de la chasse à l’homme contrecarrait les plans qu’il ne cessait de mijoter, pour découvrir de l’or.
La « Mine des Squelettes », comme il l’avait lui-même baptisée, absorbait uniquement sa pensée. Un combat avec les Woongas, c’était la fuite éventuelle vers une autre région. Wabi lui-même en convenait, car l’ennemi pouvait être supérieur en nombre. C’est là ce que Rod ne voulait pas, à tout prix.
Wabi et Mukoki se mirent à scalper les sept loups et ce qui restait de la carcasse du daim fut abandonné à Loup, pour qu’il s’en rassasiât.
Il était deux heures de la nuit lorsque les trois compagnons rentrèrent à la cabane. Le poêle fut allumé et, comme de coutume, on causa des événements du jour écoulé, de ceux aussi qui se préparaient peut-être pour les jours suivants.
Rod ne put s’empêcher de faire un retour en arrière et de songer à la joie paisible avec laquelle ils s’étaient installés ici, il y avait si peu de temps ! Le site était idéal et ils croyaient fermement que nul péril des Woongas ne les menaçait plus. Maintenant, au contraire, ils savaient qu’ils pouvaient être exposés, d’un moment à l’autre, à lutter pour leur vie, à abandonner cette calme retraite.
La conversation fut une sorte de petit conseil de guerre. Il fut décidé que la vieille cabane serait, dès le lendemain, aménagée pour supporter un siège, que des meurtrières seraient percées sur toutes ses faces, que les barres de fermeture de la porte et des volets seraient remplacées par de plus fortes, qui permettraient de se barricader solidement en cas d’attaque. Il fut convenu, en outre, qu’un des trois chasseurs resterait toujours à monter la garde, tandis que les deux autres iraient poser et relever les trappes.
Le lendemain, ce fut Rod qui fut laissé de garde. Le temps, qui était toujours splendidement ensoleillé, avait quelque peu dissipé les appréhensions de la nuit. Le jeune boy eut la bonne fortune de tuer un bel élan, qui grimpait sur la colline neigeuse, de l’autre côté du petit lac. Puis, en attendant le retour de ses compagnons, il se remit à ruminer ses projets personnels.
Les grosses neiges d’hiver ne s’étaient pas encore accumulées, ainsi qu’il avait pu le constater, dans le gouffre sombre qu’il s’était promis d’explorer. Il était prudent de ne pas attendre les grandes tempêtes, qui ne manqueraient pas d’y entasser les blancs flocons et le rendraient inaccessible. Il avait, d’autre part, tiré de la cachette où on l’avait déposé, dans le mur de bûches, le petit sac de peau de daim, et il en avait sorti les pépites d’or.