Il remarqua qu’un frottement quelconque les avait admirablement polies, et en avait adouci et arrondi tous les points saillants. Lorsqu’il était au collège, Rod avait toujours eu un faible pour l’étude de la minéralogie et de la géologie. Il savait que l’eau courante avait seule été capable de donner aux pépites ce beau poli, et il en conclut qu’elles avaient certainement été trouvées dans le lit d’une rivière, ou sur ses bords. Cette rivière devait être le torrent du ravin mystérieux. Il en était fermement persuadé.
Lorsque Mukoki et Wabi rentrèrent, le soir, ils apportaient avec eux, le premier un renard rouge et un vison, le second un chat-pêcheur, dont l’aspect rappela plutôt à Rod celui d’un chien à peine adolescent. Malheureusement, de nouvelles pistes suspectes avaient été à nouveau découvertes par Mukoki. Le vieil Indien avait retrouvé les débris du sapin brûlé et, tout autour, il avait relevé les traces de raquettes de trois Indiens, que le signal de feu semblait avoir réunis. Leur piste s’en allait ensuite, avec de nombreux crochets, vers une destination inconnue et, à un endroit, avait croisé la ligne des pièges.
La conclusion en fut que, pour la relève des pièges, les chasseurs désormais ne se sépareraient plus, mais seraient toujours deux.
La semaine qui suivit fut plus calme et fort fructueuse. Plus de traces de Woongas. Les fourrures recueillies, ajoutées aux scalps de loups, commençaient à représenter une petite fortune qui serait, si nul accident n’arrivait, rapportée à Wabinosh-House au premier printemps.
Il en fut de même durant une quinzaine encore et Rod songeait avec bonheur au petit home où, à des centaines de milles de là, sa mère l’attendait et, chaque jour, priait pour lui. Il rêvait aussi, plus d’une fois, aux jours et aux nuits, dont il faisait le décompte, et qui le séparaient du retour à la factorerie, près de Minnetaki.
L’heure arriva cependant où Rod put mettre à exécution son projet, qui lui tenait au cœur, d’explorer le ravin. Mukoki et Wabi n’étaient pas partisans de cette tentative, qu’ils estimaient chimérique. Aussi Roderick décida-t-il d’agir seul.
Ce fut à la fin de décembre. C’était le jour de garde de Wabi, et Mukoki, qui semblait avoir oublié les Woongas, était parti à la relève des pièges. Rod se munit de vivres, prit le fusil de Wabi et une double provision de cartouches, s’arma en surplus d’un couteau, passa une hache à sa ceinture, et joignit à son ballot une bonne couverture.
Ainsi équipé, il se mit en route et Wabi riait, du seuil de la cabane, en le regardant s’en aller.
« Je vous souhaite une bonne chance, Rod ! cria-t-il gaiement, en lui faisant de la maison un dernier signe d’adieu.
— Si je ne suis pas de retour ce soir, répondit Roderick, ne vous tournez pas le sang à mon sujet, vous autres ! Si l’affaire s’emmanche bien, je camperai sur les lieux, afin de reprendre mes recherches, dès le lendemain matin. »