Rod, lorsqu’il fut sur place, passa sans tarder sur la crête opposée du ravin. Il avait constaté en effet, la première fois, qu’aucune descente dans le gouffre n’était possible du côté où il avait cheminé. En suivant cette crête, encore inexplorée, il ne courait d’ailleurs aucun danger de se perdre. Le ravin lui serait un guide constant.
A son grand désappointement, il trouva que les murailles méridionales de l’abîme étaient aussi abruptes que celles du nord et, deux heures durant, il chercha en vain la plus petite fissure par où s’insinuer et pouvoir descendre.
La crête commençait à se boiser et Rod rencontrait, presque à chaque pas, des traces de gibier. Mais il n’y prêtait guère attention. Ce qui l’intéressa davantage, ce fut de constater que les arbres se rapprochaient de plus en plus du précipice, qu’ils finirent par surplomber. Le jeune homme vit qu’en s’attachant à une branche, avec les longues lanières de ses raquettes, et en s’aidant des mains, il pouvait tenter la descente.
Son espoir, cette fois, ne fut point déçu et, après un difficultueux quart d’heure, essoufflé mais triomphant, il était au fond du ravin.
Au-dessus de lui, il était dominé d’un côté par la forêt, de l’autre, par de noires murailles. A ses pieds coulait le petit torrent auquel son rêve de l’or avait assigné un rôle prépondérant. Le torrent était gelé par endroits ; dans d’autres, la rapidité de son cours l’avait dégagé de la glace.
Roderick, allant de l’avant, s’avança vers la partie la plus resserrée du gouffre, vers celle où, d’en haut, il avait si avidement plongé ses regards. Là, ne descendait plus le soleil. Là, tout était sombre, sinistre et silencieux, comme un sépulcre. Il sembla au boy, dont le regard était intensément alerté, que l’esprit des deux morts gardait le seuil de ce monde enchanté et le trésor qu’il recélait.
Il continua pourtant à avancer. Le couloir qu’il suivait devenait de plus en plus étroit. Les hautes murailles se resserraient encore au-dessus de sa tête et l’obscurité s’épaississait autour de lui. Nul autre bruit que celui, monotone, du torrent, qui éclaboussait les rochers de son écume. Pas un bruissement d’arbre ou de buisson, pas un chant d’oiseau, pas un caquetage d’écureuil. Tout était ici profondément mort. Par moments seulement, Rod entendait, tout là-haut, passer un souffle de vent, dont pas une bouffée ne descendait jusqu’à lui. La neige amortissait le bruit même de ses pas. Il avait, sur son dos, accroché ses raquettes.
Tout à coup il sursauta. Une dégringolade de pierrailles tomba près de lui, avec bruit qui, dans le silence ambiant, ressemblait à celui d’une avalanche, et un grand coup de vent lui souffleta la figure. Il s’arrêta, fit le geste d’épauler. Mais ce n’était qu’un gros hibou, qu’il avait dérangé dans son trou.
Roderick se remit à suivre le cours du torrent. A chaque instant, il s’arrêtait pour ramasser, dans son lit ou sur la rive, des poignées de cailloux ou des galets. Il les examinait, le cœur battant, dès qu’un rayon de lumière, venu d’en haut, le lui permettait. Et, s’il croyait voir luire dans la pierre une autre lueur, il palpitait… Il ne trouvait rien toujours, cependant. Mais sa foi ne sombrait pas. Sa conviction ne faisait que croître, au contraire. L’or était ici, quelque part !
C’était un je ne sais quoi, invisible, inexplicable et mystérieux, qui, flottant dans l’air, le conduisait. Et sa marche était si légère, si impalpable elle-même, comme s’il eût craint d’éveiller sous ses pas son plus mortel ennemi, qu’il aperçut à l’improviste devant lui, tout près, une chose vivante qui, ne l’ayant pas encore entendu, ne paraissait pas effrayée. C’était un renard. Avant que la bête n’eût découvert sa présence, il avait visé et tiré.