Le coup fut répercuté, comme un tonnerre, par tous les échos de l’abîme. Un grondement formidable roula dans les ténèbres spectrales, renvoyé de muraille en muraille, et reprenant à mesure qu’il s’éteignait. C’était terrible à ce point que Rod en frissonna par deux fois et qu’il demeura comme cloué au sol jusqu’à ce que le dernier écho se fût évanoui.
Alors seulement, il s’approcha du renard gisant sur la neige. Ses yeux, qui s’étaient habitués peu à peu à l’obscurité de cet enfer et avaient fini par y trouver comme une vague lumière, purent voir que le renard n’était pas rouge. Qu’il n’était pas gris non plus. Il était…
Non, Roderick ne se trompait pas. Son cœur donna dans sa poitrine un coup de tampon. L’épaisse et splendide fourrure de la bête sanglante sur laquelle il se penchait avait des reflets gris et comme métalliques.
Et, dans l’abîme solitaire, s’éleva une joyeuse clameur humaine :
« Un renard argenté ! »
Pendant plusieurs minutes, Rod contempla sa proie qui remuait encore. Puis il lui donna le coup de grâce et la ramassa. D’après ce que lui avaient dit Wabi et Mukoki, la soyeuse fourrure de cet animal valait plus, à elle seule, que toutes celles qui s’étaient entassées déjà dans la cabane.
Sans le dépouiller, de crainte d’abîmer la peau, il joignit le renard à son ballot et reprit son exploration.
Les murs de rochers qui l’emprisonnaient se rejoignaient presque au-dessus de sa tête, formant, par moments, comme un tunnel peuplé d’ombres. Fasciné par l’indéniable grandeur du site, Rod en oubliait la fuite du temps. Mille après mille, il poursuivait sa piste infatigable. Il en oubliait de manger. Une fois seulement, il s’arrêta pour se désaltérer. Et, quand il regarda sa montre, il fut étonné de s’apercevoir qu’il était trois heures de l’après-midi.
Il était maintenant trop tard pour songer à retourner au campement. Dans une heure, la nuit viendrait ajouter ses ténèbres à celles du ravin. Au premier endroit propice, Rod fit halte, jeta à terre son ballot et s’installa un abri sous un creux de roches. Il ramassa des branches mortes, en quantité suffisante pour alimenter son feu jusqu’au jour, puis s’occupa de son souper. Il avait apporté avec lui une petite bouillotte et bientôt l’appétissant parfum d’un café brûlant se mêla à celui d’un aloyau d’élan, en train de rôtir.