Il alla vers le poêle et en retira le bifteck à moitié cuit. Rod renfila sa grosse veste, reprit sa casquette, et Mukoki s’arma de sa bêche et d’une pelle. Il y avait eu, entre les trois compagnons, une tacite entente de remettre à plus tard le dîner.
Wabi était silencieux et pensif, ce qui prouvait à Rod que sa suggestion ne l’avait pas laissé indifférent. Quant aux yeux de Mukoki, ils brasillaient comme le jour où les premières pépites avaient été découvertes.
Les squelettes n’avaient été enfouis qu’à une faible profondeur, dans la terre gelée, à l’orée du bois de cèdres, et Mukoki les ramena rapidement au jour. Un des premier débris qui apparut fut la main crispée sur le rouleau d’écorce de bouleau. Ce fut Rod qui s’agenouilla pour le dégager.
Avec un frisson au contact des froids ossements, il brisa les doigts. Un de ceux-ci craqua, avec un bruit sec, et lorsqu’il se releva, ayant accompli sa tâche macabre, en tenant le rouleau d’écorce, Rod était livide. Les squelettes furent aussitôt recouverts de terre et les trois compagnons revinrent à la cabane.
Ils se rassirent autour de la table, toujours silencieux, tant était grande leur émotion, et commencèrent à dérouler l’écorce. Celle-ci avait séché et s’était recroquevillée avec le temps ; elle était presque aussi mince et dure qu’un rouleau d’acier. Pouce à pouce, elle fut dépliée, avec de petits craquements intermittents, qui semblaient une timide protestation contre le sort qu’on lui faisait subir. Elle formait une bande ininterrompue d’environ dix pouces de long, sur six de large.
Cette bande, au début, demeurait blanche. Après avoir cédé, elle résista.
« Attention ! » murmura Wabi.
Et, de la pointe de son couteau, il décolla les parties encore cohérentes.
« Il n’y a rien, il me semble… » dit timidement Roderick.
Deux ou trois pouces furent encore déroulés et une marque noire apparut, dont il était difficile de comprendre la signification et d’où partait une ligne, qui se continuait dans la partie roulée.