Et il tendit la bande au vieil Indien. Puis il expliqua à Rod :
« L’écorce de bouleau est composée de couches successives, chacune d’elles aussi fine que le plus fin papier. L’encre a dû pénétrer plusieurs de ces pelures. Si nous parvenons à enlever la couche supérieure, celle qui est au-dessous nous apparaîtra, j’imagine, avec une écriture aussi fraîche qu’il y a cinquante ans. »
Déjà Mukoki, s’étant rapproché de la lumière de la porte, s’était mis au travail et, avec sa bonne grimace, les deux boys l’entendirent qui criait :
« Bien peler ! »
Une pellicule, infiniment ténue, commençait en effet à se soulever. Une demi-heure durant, il s’appliqua à sa tâche délicate, tandis que Rod et Wabi le contemplaient avec admiration. Lorsqu’il se redressa, sa tâche était terminée.
Rod et Wabi, ayant reçu la bande de ses mains, poussèrent un long cri de joie. Les mots incomplets pouvaient maintenant se lire à merveille. Là où il n’y avait auparavant que trois lettres, apparaissait comme Rod l’avait deviné : Troisième cascade. Tout à côté était le mot cabane. Et plusieurs lignes d’écriture l’avoisinaient, que Rod lut à haute voix :
« Nous, John Ball, Henri Langlois et Pierre Plante, ayant trouvé de l’or à la troisième cascade, nous décidons, par le présent acte, de nous associer pour l’exploitation de cet or. Nous nous engageons à oublier nos querelles passées et à travailler de compagnie, avec une bonne volonté et une honnêteté mutuelles, avec l’aide de Dieu.
Signé : John Ball, Henri Langlois, Peter Plante. »
Dans la partie supérieure du graphique il y avait encore d’autres mots, moins distincts, mais que Rod parvint cependant à déchiffrer. C’est là, du coup, que son émotion fut à son comble. La parole lui resta collée au gosier et ce fut Wabi, dont le souffle haletant lui brûlait la joue, qui lut :
« Ici, cabane et extrémité du ravin. »
Mukoki, après avoir entendu, à demi-étourdi de tant d’imprévu merveilleux, s’était repris à songer au dîner et avait remis sur le feu la poêle et le bifteck d’élan.