« Je ne doute pas, dit-il, que cette carte n’ait été tracée par John Ball. Vous remarquerez que tout ce qu’il y a d’écrit l’a été par la même main, sauf les signatures de Langlois et de Plante, qui ne sont qu’un affreux griffonnage. Ball, au contraire, écrivait bien et paraît avoir été un homme de bonne éducation. N’est-ce pas votre avis ? Il serait étonnant, dès lors, qu’il n’ait point, dans son tracé, tenu compte des distances. Or, l’espace qui est entre la première et la seconde cascade est moitié moindre de celui qui sépare celle-ci de la troisième. Ceci est voulu, évidemment. »
Rod approuva.
« D’où nous conclurons, dit-il, qu’une fois trouvée la première cascade, nous pourrons évaluer, approximativement, les autres distances.
— Parfaitement, reprit Wabi.
— J’ai parcouru le ravin durant dix milles. Admettons que nous trouvions la première cascade à quinze milles. La seconde, d’après notre graphique, serait à vingt milles au delà, la troisième à quarante milles plus loin. Ce qui nous donne un total de soixante-quinze milles environ. »
Wabi estima que c’était bien raisonné. Puis il se gratta la tête, d’un air perplexe.
« Admettons vos chiffres, dit-il. Cascade troisième, cabane et gisement d’or de soixante-quinze milles d’ici. Mais alors, par saint George ! pourquoi les trois hommes étaient-ils dans cette cabane où nous sommes, avec seulement une poignée de pépites en leur possession ? L’or ne leur aurait-il pas joué un méchant tour et n’auraient-ils trouvé, en tout et pour tout, que le contenu du petit sac de peau de daim ?
— C’est une objection, avoua Rod, qui a sa valeur… »
A ce moment, Mukoki, qui retournait le bifteck dans la poêle, éleva la voix :
« Peut-être, dit-il, eux aller à la factorerie pour ravitaillement. »