Cette fièvre une fois calmée, et tout en mangeant, le jeune homme conta les étranges allées et venues du Woonga, quelque espion, pensait-il. Mais il n’insista pas sur les craintes qui le tourmentaient, sur ce chapitre. Autant valait laisser Wabi et Mukoki à leur béate quiétude. Ils étaient, en réalité, assez incapables de l’expliquer. Le fait que les Woongas, dans un but qui paraissait énigmatique, semblaient avoir, autant qu’eux trois au moins, le désir d’éviter une rencontre, de ne se trouver jamais sur leur piste, et ne les avaient jamais attaqués de face ou dans quelque embuscade, si souvent facile à dresser ; toute cette passivité apparente de l’ennemi, qui pourtant rôdait autour d’eux, était anormale au premier chef. Cependant, la quiétude présente semblait suffisante à Wabi et à Mukoki. Peut-être songeaient-ils qu’il serait suffisant de s’alarmer lorsque le danger se préciserait.
Le récit de Rod ne souleva pas une émotion particulière et des préparatifs immédiats furent envisagés, pour aller à la découverte des trois cascades.
Il fut convenu que ce voyage d’exploration serait confié à Mukoki, dont l’endurance était supérieure à celle des deux boys et la marche plus rapide. Dès le lendemain matin, il partirait, avec une provision de vivres. Rod et Wabi, en son absence, s’occuperait des pièges.
« Il nous faut tout au moins, déclara Wabi, trouver la première cascade, avant de revenir à la factorerie. Nous aurons ainsi une quasi-certitude de la réalité de nos déductions. Mais si, réellement, cent milles nous séparent du but final, nous devrons renoncer à aller quérir notre or en cette saison. Nous retournerons tranquillement à Wabinosh-House et y préparerons tout à loisir une nouvelle expédition, avec des provisions renouvelées et les outils convenables. Cela ne pourra se faire qu’au printemps prochain, après la fonte des neiges et les inondations qui la suivent.
— C’est bien ce que je me suis dit, répliqua Rod. Mais je ne serai plus, alors, près de vous. Vous savez que j’ai une mère, Wabi, et qu’elle est seule ! »
Et ses yeux se mouillèrent légèrement.
« Oui, je comprends, dit Wabi, en posant sa main sur le bras de son camarade.
— Ses fonds doivent être en baisse, à cette heure. Peut-être est-elle ou a-t-elle été malade. Il faut tout prévoir…
— Et vous devez retourner près d’elle, après avoir réalisé le prix de vos fourrures, acheva affectueusement Wabi, en formulant pour Rod sa pensée. Je pourrai même vous accompagner dans ce petit voyage. Croyez-vous qu’il lui serait agréable de me revoir ?
— Si je le crois s’exclama Rod. Mais elle vous aime autant que moi, Wabi ! Elle battrait des mains en vous apercevant ! Mais parlez-vous sérieusement ?