— Je ne promets rien, d’une façon ferme. Ce que je veux seulement vous dire, c’est que j’irai, si je le peux.

— Et toi, Mukoki ? Veux-tu venir aussi ? »

Le vieil Indien grimaça, gloussa et grogna, mais ne souffla mot.

Wabi répondit pour lui.

« Il tient trop, dit-il, à rester près de Minnetaki. Il est son authentique esclave, vous le savez, Rod. Non, non, Mukoki n’ira pas, je le parierais. Il demeurera à la factorerie pour veiller sur ma sœur, pour avoir soin qu’elle ne se perde pas, ne se blesse pas, ou ne soit pas à nouveau enlevée par les Woongas. Eh ! Mukoki ? »

Mukoki remua sa tête de haut en bas, avec une grimace heureuse. Puis il alla vers la porte de la cabane, l’ouvrit et regarda dehors :

« Neige ! cria-t-il. Neige comme vingt-cinq mille diables ! »

C’était le plus énergique des jurons qu’avait l’habitude de proférer le vieil Indien et il n’en usait que dans les circonstances importantes.

Rod et Wabi firent chorus avec lui. Jamais encore le jeune citadin n’avait vu une tempête de neige pareille à celle qui se préparait. L’heure était arrivée de la grande chute annuelle du Nord, qui ne manque jamais aux pays arctiques. Elle avait été, cette année, en sensible retard.

Les flocons tombaient, doucement, lentement, sans encore un souffle d’air qui les agitât. C’était comme une blanche et muette marée, impénétrable à l’œil, si dense qu’elle semblait étouffer l’atmosphère et suffoquer la respiration.