Gérard le Grand, ayant visité Rusbrock l’Admirable, écrivait aux frères de la Vallée-Verte :

« Je vous en supplie, je vous en supplie, recommandez-moi au père Rusbrock. Mon âme n’a pas rencontré sur terre un autre objet digne d’un tel amour et d’une telle révérence. Mon âme est collée à la sienne. Oh ! puissé-je devenir, dans le temps et dans l’éternité, l’escabeau des pieds de Rusbrock ! »

VIE DE RUSBROCK
ÉCRITE PAR UN CHARTREUX

I

Rusbrock avait à peine onze ans, qu’il arriva un jour par hasard chez un vieux prêtre son parent. Le prêtre prit chez lui l’enfant pour l’instruire. Celui-ci n’avait d’attrait que pour la science divine. Il subissait déjà l’opération secrète du Saint-Esprit, qui avait voulu se construire un temple au fond de lui. C’est à peine s’il apprit la grammaire ; mais il parvint à une telle profondeur dans la connaissance des choses divines qu’il surpassa tout à coup plusieurs dialecticiens, philosophes et théologiens. Il savait beaucoup de choses que Dieu seul peut apprendre. Cette éducation paraîtra incroyable à ceux qui ne savent pas, ou qui ne croient pas les œuvres que Dieu a faites autrefois dans les prophètes et dans les apôtres, qui étaient ignorants, à ceux qui n’entendent pas la parole de saint Jean : L’onction de Dieu vous apprend tout. Sa mère, qui ne savait où il était, finit par l’apprendre, quand le bruit de ses lumières se répandit. Elle vint à Bruxelles ; mais, quand elle eut été récréée par la vertu et la célébrité de son fils, elle ne soupira plus après sa présence corporelle. Elle reçut de l’âme de Rusbrock des délectations que sa présence et sa conversation quotidiennes n’auraient pu lui donner. Ceci ne doit étonner personne. Ceux que l’Esprit-Saint unit entre eux sentent, même quand ils sont matériellement séparés, les douceurs merveilleuses d’une union intime et spirituelle.

II

Sa mère était entrée en religion. Elle mourut, avant d’avoir atteint la vie parfaite. Rusbrock, dans sa piété filiale, aidait l’âme de sa mère par des prières quotidiennes. Ses prières n’étaient pas superflues ; l’âme de la morte en avait besoin. Elle apparut plusieurs fois à Rusbrock, lui demandant d’une voix lugubre combien de temps il fallait encore attendre le jour où il serait ordonné prêtre.

Enfin ce jour arriva. Rusbrock venait de terminer sa première messe, quand sa mère lui apparut, pour lui annoncer sa délivrance.

III