Rusbrock était encore prêtre séculier ; mais il cherchait déjà à ressembler au Christ par son humilité. Peu curieux de lui-même et du monde, il faisait l’effet d’un malheureux et d’un homme de rien à ceux qui ne le connaissaient pas. (En général les amis de Dieu sont des énigmes vivantes, et, pour les connaître, il faut leur ressembler.)
Il vivait dans une paix profonde, silencieux et négligé. Adonné à la contemplation, il évitait volontiers les foules ; un jour (c’était à Bruxelles), il passait par une place publique, l’esprit penché sur les choses divines ; il était simple comme une colombe ; deux laïques le regardaient marcher :
« Oh ! mon Dieu, disait l’un d’eux, pourquoi ne suis-je pas aussi élevé en grâce que ce prêtre ! »
L’autre répondit :
« Moi, pour tout l’or du monde, je ne voudrais pas être à sa place. Je n’aurais pas, dans ma vie, un jour de plaisir. »
Rusbrock entendit par hasard ce dernier mot, et, traversant la place en silence, il disait intérieurement :
« Tu ne connais donc pas les jouissances que Dieu donne et le goût délicieux du Saint-Esprit ! »
IV
Pendant que Rusbrock vivait encore dans le monde, il y avait une femme à Bruxelles, qui inventa et propagea une doctrine exécrable. Elle avait une immense réputation de sainteté. Jamais, disait-on, elle ne va à la sainte table, sans être escortée de deux séraphins, l’un à droite, l’autre à gauche. Elle écrivait beaucoup sur l’esprit de liberté. Elle parlait beaucoup de cet amour que le paganisme divinisa sous le nom de Vénus, et enseigna que cette passion était séraphique en elle-même. Cette femme eut des admirateurs qui saluèrent en elle l’apôtre même de la vérité divine. Elle devint l’objet d’un culte. Rusbrock eut pitié de tant d’erreur : il s’opposa aux dogmes infâmes. Une armée de furieux se leva contre lui. Mais il mit à nu le mensonge, et confondit la menteuse. Beaucoup de savants passaient à côté pleins de respect, sans dénoncer l’erreur, ni même l’apercevoir. Ce fut l’ignorant Rusbrock qui fit l’œuvre. Sa promptitude à découvrir le mal, sa sagesse à le démasquer, son audace à le confondre, malgré tant d’hostilités et tant de ruses, tout indiqua chez lui le mouvement de l’Esprit-Saint.
V