Son esprit était sain ; son visage était rose ; la mort ne fit aucune marque sur lui. Dans une suavité profonde et dans une joie immense, Rusbrock rendit à Dieu son âme. Il avait quatre-vingt-huit ans ; il en avait passé plus de soixante dans le sacerdoce. C’était le 2 décembre 1381.
Or les frères l’ensevelirent avec la dévotion qui convenait à une telle sépulture.
Il est vrai qu’on fit pour lui les cérémonies et les prières qu’on fait pour tous les autres. Mais les frères espéraient intérieurement que c’était leur Père qui priait pour eux.
XV
Pendant les derniers jours de Rusbrock, un médecin, son ami Decan, vint le visiter. Decan veilla près de Rusbrock, avec les frères, pendant la nuit qui suivit la mort. Saisi d’un léger sommeil, il vit le père Rusbrock s’approcher d’un autel. Il était revêtu des ornements sacerdotaux, et entouré d’une telle splendeur qu’aucune parole humaine ne pourrait l’exprimer.
Un jour, une religieuse fut saisie d’une grande douleur de dent. Médecins et chirurgiens travaillèrent sans résultat à la soulager. Enfin, hors d’elle-même, presque morte de douleur, elle alla trouver une autre religieuse, qui avait chez elle une dent de Rusbrock, et raconta à la sœur ses tourments. « Si j’étais à votre place, répondit celle-ci, j’approcherais de ma dent une dent du père Rusbrock que j’ai chez moi. »
La religieuse obéit ; elle approcha la dent de Rusbrock de sa dent malade ; elle fit cela avec humilité, et sentit à l’instant la douleur se relâcher. Peu de temps après, elle fut radicalement guérie.
XVI
Encore un mot. Le corps de Rusbrock était sous terre, depuis cinq ans, quand il fut examiné. Il était parfaitement intact et pur ; les vêtements et les ornements dans lesquels il avait été enseveli, tout était sans tache et sans souillure. Il y avait seulement un petit point du nez qui portait une trace très légère, mais une certaine trace de corruption. L’évêque du lieu, qui était présent à la levée du corps, ordonna de l’exposer trois jours à l’entrée du monastère, afin que le peuple entier pût voir et constater. Aussitôt du corps exposé sortit une odeur délicieuse, comme si les parfums les plus exquis venaient de brûler sur lui. Non seulement les frères du couvent, mais une multitude immense de séculiers et de laïques dignes de foi ont rendu témoignage : ils étaient là, et moi, j’ai recueilli le témoignage de leur bouche. Après les trois jours d’exposition, l’évêque défendit de replacer le corps admirable dans son premier tombeau, et ordonna de le transporter, plein d’honneur, dans l’église. La chose fut faite avec un respect immense, au milieu d’une foule immense. Et là Rusbrock repose, en attendant l’ordre suprême du Dieu vivant qui réveillera les morts, du Seigneur Jésus-Christ à qui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles, dans les siècles éternels. Amen.
RUSBROCK