L’immensité ferme les lèvres parce qu’elle répugne aux explications.

Les choses ordinaires peuvent se dire ; les choses extraordinaires ne peuvent que se balbutier. Les balbutiements de saint Denys, d’Angèle, de Rusbrock, semblent pressés de mourir dans l’ombre et dans le silence où ils ont été conçus, comme des exilés qui, dans un recueillement plus profond qu’à l’ordinaire, ont cru sentir une bouffée d’air natal, et revoir, les yeux fermés, le clocher de leur église.

Un océan de flamme qui brûlerait sur place ressemblerait un peu au style de Rusbrock.

C’est plus haut que l’azur, plus profond que la nue, et les quatre horizons seraient pour lui un vêtement trop étroit. Mais, dans cette grandeur, tout est précis. C’est toujours énorme ; ce n’est jamais vague.

Les majestés aériennes de ces contemplations embrasées sont plus fécondes que les entrailles de la terre, plus douces que la respiration d’un enfant endormi. Un caractère spécial à la splendeur chrétienne et catholique, c’est que la pratique la suit, comme l’ombre suit le corps.

En dehors de la vérité, les ascensions éloignent celui qui monte de ceux qui demeurent dans la plaine.

Mais les ascensions des grands contemplateurs orthodoxes les font plus tendres pour le petit, plus tendres pour le pauvre, plus intelligents de ses besoins. Ceux-là ne vont pas au pays de la gloire, sans rencontrer l’amour au cœur de la contemplation.

Plus le nuage est noir, plus le regard est profond ; plus la contemplation est haute, plus le mystère est inscrutable ; plus le regard du contemplateur est profond pour saisir dans leur abîme les misères humaines, miséricordieux pour inviter, doux pour plaindre, ardent pour aimer, tendre pour secourir.

L’attendrissement grandit avec la hauteur, et quand le contemplateur ne peut plus dire ce qu’il voit, parce que la parole manque, son enseignement est plus profond ce jour-là qu’à l’ordinaire.

L’auditeur sent que ce n’est pas son objet qui a fait défaut à la parole, mais la parole qui a fait défaut à son objet, et le silence du contemplateur devient l’ombre substantielle des choses qu’il ne dit pas.