Rusbrock écrivait dans le dialecte de son pays ; Surius l’a traduit en latin. Je l’ai traduit en français.
Surius a rétabli le texte authentique de Rusbrock. L’immense travail auquel il s’est livré a rendu à l’humanité un service immense. Il a compulsé, vérifié, choisi parmi les innombrables manuscrits, auxquels étaient mêlés mille passages falsifiés.
Le livre où il a réuni les œuvres complètes de Rusbrock contenant d’innombrables répétitions, car les mêmes manuscrits se représentaient plusieurs fois avec de légères différences, j’ai pu serrer beaucoup, et présenter, sous un volume beaucoup moindre, la substance du génie de Rusbrock. Je place en tête des œuvres de Rusbrock sa vie, écrite par un chartreux son contemporain, et la préface de Surius.
Par une complaisance à la fois humaine et divine, Rusbrock indique les écueils de l’océan où il navigue. Il a prédit et flétri les quiétistes avec une énergie et une précision merveilleuses. Les plus subtiles et les plus fertiles nuances de l’erreur sont mises à nu par ce regard aussi pénétrant que vaste.
La prudence semble appartenir naturellement à ceux qui se traînent dans un chemin étroit. Mais Rusbrock a une prudence qui emprunte un magnifique caractère à la hauteur où elle se produit. C’est la prudence dans l’immensité.
Rusbrock voit la vérité de haut et l’erreur de loin. Ses plus ardentes et ses plus hardies inspirations sont accompagnées d’une exacte analyse, où sont notées en traits de feu les erreurs où l’humanité tombera. Dans l’Ornement des noces spirituelles, opposant le repos menteur et inactif à la paix véritable et active, il décrit, analyse et condamne le quiétisme avec une telle exactitude et une telle précision, dans l’ensemble et dans les détails, que rien n’eût pu être retranché de cette admirable peinture ni être ajouté à elle, si elle eût été faite à la fin du XVIIe siècle.
Ce qu’il y a de superbe dans ces analyses d’erreurs, c’est qu’elles ne ralentissent pas le transport auquel elles sont mêlées. En général, la précaution est froide. Ici, la précaution est brûlante. Parce que l’erreur est percée de part en part, traversée, mise à nu, montrée telle qu’elle est en elle-même, c’est-à-dire une négation.
Le quiétisme est détruit dans l’Ornement des noces spirituelles. Dans Samuel, le panthéisme est analysé, démasqué, réfuté et confondu. Le XVIIe et le XIXe siècle sont montrés d’avance avec les erreurs auxquelles ils succombent, et les vérités auxquelles ils aspirent.
Et Rusbrock détruit l’erreur, sans se baisser vers elle. La réfutation ne le fait pas descendre des hauteurs où la contemplation l’a porté.
En général, les distinctions sont froides : Rusbrock est sublime, même quand il analyse ; car le feu préside à tous les actes de sa vie.