« L’action de Dieu en nous, dit-il quelque part, ne nous confère avec Dieu ni l’unité d’essence, ni l’unité de nature, mais l’unité d’amour. Cependant nous sommes bienheureux…, parmi l’amour immense, et la ténèbre sacrée, et la nuit noire sans dimension. Or cette nuit noire, c’est la lumière inaccessible où se recueille la nature divine… Par la vertu de l’amour, nous sommes abîmés et absorbés dans sa puissance : là, nous nous perdons, non pas quant à notre substance, mais quant au sentiment de joie… Il ne s’agit ni d’unité de nature, ni d’unité d’essence, mais d’unité d’amour.
« L’essence de Dieu est incréée, la nôtre est créée ; l’abîme est infranchissable, et la distinction est éternelle. Jamais les prodiges de l’amour ne l’effaceront ; jamais les transports de l’union ne produiront l’unité de nature… Si nous nous perdions, quant à la substance, dépourvus de connaissance et d’amour, nous serions incapables de béatitude. Notre essence est une solitude immense, un désert à perte de vue, où Dieu vit et règne, etc. »
Il enseigne et brûle dans le même moment. Il donne des explications sur la nature du feu ; mais il ne sort pas de la fournaise.
Sur la montagne, plus haute que les nuées, voyant les orages au-dessous de lui, il se souvient de ceux qui sont en bas, qui lèvent la tête et qui monteront.
Les ascensions que le caprice dirige se terminent par des chutes épouvantables. Mais quand le contemplateur catholique gravit une montagne, l’ombre de Dieu est au sommet. C’est pourquoi la sécurité grandit avec la hauteur.
Pour ceux qui ne voient pas, le nom du mysticisme et le nom de la folie sont deux mots synonymes. Au fond de cette erreur, il y a comme toujours une vérité, et puisque l’erreur est énorme, la vérité l’est aussi. La raison contient et voit certaines réalités. Au-dessous d’elle se trouve la folie, qui a perdu cet état respectable, vrai, honnête et même sacré, qui est l’état raisonnable.
Que Dieu nous préserve de ne pas assez estimer, et de ne pas assez admirer la raison ! Elle est un don sublime, et la folie est son absence.
Mais, plus haut que la raison, le mysticisme orthodoxe voit, entend, touche et sent ce que la raison n’est pas capable de voir, d’entendre, de toucher et de sentir. Il domine la raison et la transfigure.
La folie contredit la raison. Le mysticisme la domine.
La folie est la privation des choses de la raison. Le mysticisme est leur possession pleine, entière, surabondante, surmontée des choses d’en haut.