Le mysticisme et la folie sont donc les deux termes de la contradiction la plus absolue qui soit.

La folie renverse l’esprit ; la raison le redresse ; le mysticisme le transporte. Mais pour être transporté, il faut d’abord être redressé.

Comme pour être saint, il faut d’abord être honnête homme, pour être mystique il faut d’abord être raisonnable.

La folie est l’erreur pure, la raison porte une certaine somme de choses vraies. Le mysticisme contient la quintessence de la vérité.

Il y a une certaine sagesse inférieure, qui ose usurper le nom de sagesse, parce qu’elle est assez bornée pour ne pas voir ce qui lui manque. L’étroitesse de son horizon lui fait le don hideux d’être contente d’elle-même.

Le mysticisme est l’autre sagesse, celle d’en haut, qui voit assez loin pour trouver sa vue courte. La grandeur de la contemplation est le miroir sans défaut où elle voit son insuffisance. L’immensité des lieux qu’elle habite lui fait le don superbe du dédain sacré d’elle-même.

Avec ce dédain augmente sa grandeur, et avec sa grandeur augmente sa bonté.

Ce Rusbrock que l’antiquité a surnommé le Contemplateur sublime avait pitié des oiseaux, et les frères, qui tremblaient devant lui d’admiration, venaient lui dire : « Père, il neige ; que vont devenir ces pauvres petites bêtes ? »

Les frères venaient implorer le grand homme pour les petits oiseaux, parce que le grand homme était un vrai contemplateur ! Si sa hauteur eût été inquiétante, ils n’auraient pas osé lui parler des petites choses. Le faux grand homme est sans pitié.

Chose admirable ! on dirait que la faiblesse est chargée, par la compassion qu’elle inspire, de graver sur le front de la grandeur le caractère authentique de la vérité. C’est le misérable, c’est l’indigent qui pose sur le front du grand homme le thau sacré qui marque ces élus, et ce thau c’est la compassion.