Ceux qui se livrent tout entiers à l’action extérieure, dans l’oubli de la chose intime, ou à l’oisiveté intérieure, dans le mépris de l’activité, ceux-là ne peuvent pas me comprendre.

Quoique la nature physique et la nature morale de l’homme soient dépassées par les hauteurs de la foi et de la contemplation, néanmoins la vie du sentiment et de la raison subsiste en lui, impérissable comme son essence même. Et quoique l’esprit de contemplation et de désir soit surpassé par l’unité de jouissance, néanmoins la contemplation et le désir persistent invincibles. Telle est la vie intime de l’esprit, et quand l’homme monte l’échelle de lumière, sa vie sensitive adhère à son esprit. Ses forces sensitives s’unissent elles-mêmes à Dieu, par la vertu de l’amour, et sa nature est remplie de tout bien. Entre Dieu et sa vie intime, il sent l’union immédiate. Ses forces suprêmes sont suspendues à Dieu par l’éternité de son amour, pénétrées, imprégnées de la Vérité divine, fixées et établies dans la liberté qui ne se souvient plus. Son esprit plein de Dieu surabonde sans mesure. Parmi la plénitude et la surabondance, il roule essentiellement et plonge dans l’unité superessentielle ; j’ai essayé de montrer l’absolu de cette chose. Dans l’unité superessentielle, toute vie a son principe et sa fin. Si nous voulons courir avec Dieu les chemins élevés de l’amour, nous trouverons, avec son éternelle activité, son éternel repos, et nous approcherons, et nous entrerons, et ce sera la paix éternelle.

LIVRE SEPTIÈME
LES SEPT DONS

LE DON DE CRAINTE

La crainte est un don qui produit l’humilité ; l’humilité produit l’obéissance, et l’obéissance rend semblable à Jésus-Christ. Jésus-Christ a obéi aux désirs des patriarches et des prophètes. Il a obéi à leurs soupirs ; il a obéi à leurs prières ; il a obéi à leurs cris. Il a renoncé à sa volonté de mille manières suivant l’Écriture, et il a fait la volonté de ses amis. Il a obéi à son Père par un respect immense, par une action de grâces perpétuelle, par la relation à lui de toutes ses actions. Il s’est fait le serviteur de tous les mortels ; il a lavé les pieds des disciples. Il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir.

Celui qui possède le don de crainte agit spécialement sur la terre qui correspond à l’élément irascible. La terre est ornée d’arbres ; les arbres portent des fruits ; les fruits sont les richesses de l’âme qui s’applique à Dieu et lui présente ce qu’elle possède avec une grande révérence. La terre est ornée de plantes salutaires et odoriférantes : c’est l’obéissance et l’humilité. La terre est couverte d’animaux, de bêtes sauvages et féroces. Ce sont les sens et les passions. La puissance qu’il faut avoir sur elles, est l’attribut de la raison soumise à Dieu. Cette raison est l’ornement de la terre. Dieu a placé l’homme dans le paradis terrestre pour le travailler et pour le garder. Le travailler, c’est se livrer à toute vérité, à toute vertu, à toute justice. Le garder, c’est s’abstenir des choses contraires. Le péché est la perte des fruits de la terre et du paradis lui-même. Au milieu du paradis, Dieu a planté l’arbre de vie et l’arbre de la science du bien et du mal. Sur celui-ci naissent les fruits tentateurs que Satan et le monde offrent aux sens, c’est-à-dire à la femme. La femme les offre à l’homme, c’est-à-dire à la raison supérieure, à qui Dieu confia la garde du paradis. Toutes les joies, toutes les consolations, toutes les ascensions sont permises, excepté celle du sens dépravé. Celui qui touche à ce fruit est jeté, nu et dépouillé, hors du repos et de la joie.

LE DON DE PIÉTÉ

La piété produit la compassion qui s’applique à Jésus et aux hommes. La compassion est née du regard de la piété. C’est elle qui visite les malheureux, les exilés, les malades ; c’est elle qui donne le pain, le vin et l’hospitalité. C’est elle qui console les vivants, et qui ensevelit les morts. Jésus-Christ pleura abondamment sur le malheur de Jérusalem, sur le malheur de ses ennemis. Il pleura avec Marthe et Madeleine ; il joignit ses gémissements à leurs gémissements, auprès du tombeau de Lazare.

Il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains d’orge, et deux poissons.

Celui qui a obtenu le don de piété agit spécialement sur l’eau, c’est-à-dire sur l’appétit concupiscible.