La piété peut être comparée aux fleuves du paradis terrestre ; car elle conduit le désir dans quatre directions. Le premier fleuve va au ciel. C’est la compassion qui va vers Jésus, et vers les saints qui ont souffert en son nom. C’est un torrent gai et joyeux, plein de transport et d’actions de grâces : car les douleurs qu’il célèbre, sont des douleurs passées, remplacées par d’éternelles joies.
Le second fleuve coule vers le purgatoire. C’est la compassion de l’homme pour les âmes souffrantes qui payent leurs dettes à la justice. Il y a là des prières intimes et profondes : dans ce lieu redoutable, nous avons peut-être des amis, des amis qui ont besoin de nous.
Le troisième fleuve coule sur toute la terre, et s’étend aux nécessités de la chrétienté tout entière. Cet acte intérieur, plein d’un amour immense, immensément recueilli, donne plus et agit plus que toutes les œuvres extérieures réunies en une seule. Le quatrième fleuve, qui est la charité proprement dite, se précipite sur tous les indigents. Ici l’homme donne ses biens, et paye de sa personne. Il fait l’aumône du conseil et aide à supporter. Ce fleuve rencontre de grands obstacles, et ces quatre torrents arrosent le grand jardin.
LE DON DE SCIENCE
Le don de science est une lumière surnaturelle, infuse dans l’âme raisonnable, qui montre à l’homme la route de la perfection supérieure. Quand l’homme a secoué le joug du démon, il a rencontré la crainte qui aime, il a éclairé au fond de lui l’appétit irascible par la lumière du Seigneur. Quand il a ouvert son âme à toutes les miséricordes et à toutes les compassions, il a répandu la lumière divine sur l’appétit concupiscible. Mais il faut que la discrétion règle la crainte, règle la miséricorde, discerne les personnes, les choses, les temps, les occasions, les cœurs, les mesures, et voici le don de science, qui s’adresse à l’intelligence et jette sur elle la clarté de l’esprit.
Le don de science donne à l’homme la connaissance de lui-même, et avec la connaissance le mépris profond. De lui procèdent les larmes : à lui s’applique cette parole de Jésus-Christ : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés.
Ceux qui pleurent, ce sont ceux qui savent.
Le don de science est une ressemblance divine. Dieu sait tout d’une science éternelle. De toute éternité, il contemple toutes ses créatures dans leur type qui est consubstantiel à lui-même : c’est d’après cette science qu’il donne au ciel, à la terre et à tout ce qu’ils contiennent, l’ordre, la mesure et l’ornement. C’est d’après cette science qu’il répond aux hommes dont toute la vie et tous les actes sont des paroles dirigées vers lui. C’est d’après cette science qu’il éclaire au dedans et au dehors toutes les créatures éclairées, suivant leurs capacités propres. Jésus-Christ était comblé de science, et il accomplit tous les actes de sa vie, conformément à sa lumière immense.
Celui qui possède le don de science introduit la perfection dans le domaine de l’intelligence.
Le don de crainte, qui gouverne l’appétit irascible, s’appliquait spécialement à la terre, qui est sous nos pieds ; car l’appétit irascible est la plus basse des forces. Le don de piété, qui gouverne l’appétit concupiscible, s’appliquait spécialement à l’eau ; car la compassion coule sur les mondes. Le don de science, qui gouverne le désir raisonnable, s’applique spécialement à l’air, qui est orné d’oiseaux comme la terre est ornée d’arbres. Il y a des oiseaux qui marchent sur la terre ; il y en a qui se promènent sur l’eau ; il y en a qui volent dans l’air ; il y en a qui volent vers les cieux, et je sens le feu dans leur voisinage.