Or l’éternelle Sagesse veille sur l’ascension des désirs qui montent, afin que, portés par la force, ils se réunissent au centre de l’unité. Les torrents de grâce et de gloire coulent dans chaque âme qui désire, suivant l’excellence du désir. Le flux et le reflux de cet océan produisent la soif éternelle. Ceux qui coulent avec leur désir dans la mer sans rivage sentent la faim, sentent la soif et goûtent l’unité. Mais comme cette unité est inépuisable, la soif persiste à jamais. Jésus-Christ, au centre du feu, de l’amour et du désir, s’est toujours penché vers les nécessités des hommes, plein de compassion pour tout ce qui est misérable, car il avait le don de force au suprême degré. L’homme qui le prierait avec la confiance dont il est digne, obtiendrait tout ; je n’en doute pas. Il a payé lui-même nos dettes ; il a donné sa chair et son sang pour être nourriture et breuvage, afin de nous pénétrer, corps et âmes, et jusqu’à nos dernières puissances. Il veut nous entraîner en lui, être possédé par nous, nous posséder lui-même et nous dévorer. Mangé et être mangé ! Unité ! Unité ! J’ose affirmer que si vous ouvrez seulement un peu la bouche, Jésus-Christ va vous dévorer, et vous fondrez, vous fondrez, et vous coulerez dans l’Unité ! Et puisque son désir est l’immensité même, je ne m’étonnerais pas beaucoup d’être dévoré par lui. Dévorer, être dévoré ; c’est ce qui s’appelle avoir faim et soif de la justice. Ce sera notre éternelle action dans le temps et dans l’éternité. Amen.
J’ai dit que le don de force règne sur le feu. En effet, la liberté ressemble à la flamme.
Le feu monte toujours. Mais un ordre arrive du ciel et lui dit : Descends.
Le feu possède sur les créatures inférieures une action subtile, mystérieuse, pénétrante.
Le feu conserve toutes les créatures qui vivent au ciel, dans la mer ou sur la terre.
Le feu subsiste en son lieu propre, supérieur au reste de la matière illustrée, réchauffée et fécondée par lui.
Or la liberté, victorieuse du monde et du démon, monte toujours. Elle s’en va vers la louange et vers l’éternité de son Seigneur et de son Dieu. Elle possède l’unité et ne la perdra pas. Mais un ordre du ciel arrive ; elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle ; comme lui, elle absorbe et dévore et soulève vers le ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend, brûlante de son feu, le chemin de la hauteur.
LE DON DU CONSEIL
Le don de conseil est un certain attrait du Père, un certain attouchement. Cet attrait donne à l’âme une noblesse surnaturelle. Elle ne sait ce qu’elle éprouve ; elle ne comprend pas ce qu’elle sent. Elle désire comprendre ; mais plus elle cherche, plus elle ignore. C’est une impression spéciale et particulière : appelée par l’immense désir, et consommée par Dieu sur les sommets de l’âme. C’est une étincelle suspendue par la main de Dieu, sur la cime de l’esprit. En tant qu’elle est créature, cette flamme peut être saisie et sentie ; mais en tant qu’elle est divine, elle échappe à celui qu’elle touche, et produit le désir impatient. En cet état l’âme persiste dans l’unité, quant à sa hauteur propre ; mais elle se précipite au dehors pour agir. Elle n’embrasse pas Dieu ; car elle a une manière d’agir d’où la mesure n’est pas bannie. Elle a des lumières, des amours et des opérations de créature. C’est pourquoi elle agit et travaille et combat magnifiquement. Mais comme elle sent que l’ennemi est invincible, et que Dieu ne sera pas embrassé, elle promène sur le royaume de l’esprit un sublime regard, le regard du souvenir, cherchant ce qu’il faut corriger, modifier, ordonner. Elle envoie deux messagères dans ce royaume, la sagesse et l’agilité ; celles-ci se lancent poussées par le doigt du Père et par la folie sacrée de l’âme. L’agilité se hâte, conformément à sa nature, et aux ordres du Seigneur, et au feu brûlant du contact divin. La raison, servante de la sagesse, explore et considère. Cependant elles marchent ensemble, ordonnent et gouvernent. Elles trouvent une grande absence de vertus, un grand espace vide, sans excellence et sans justice. La raison voit bien le mal, mais ne trouve pas le remède. C’est pourquoi les deux messagères reviennent à la source de l’unité, ouvrent leur cœur au sublime amour et se plaignent à lui ; il est temps de goûter Dieu ; car elles languissent et brûlent.
Sur le rapport qui lui est fait, l’amour, instruit de la misère qui règne dans le royaume, envoie ces deux filles au secours de ceux qui souffrent. Ce sont la miséricorde et la magnificence ; la sagesse est leur compagne ; l’agilité est leur servante. La sagesse ordonne tout, suivant la lumière et la justice. Mais l’amour jette les grâces à pleines mains, et sa sublime pitié tombe sur toute misère, et les pauvres et les indigents du royaume de l’esprit reçoivent les dons de la magnificence, et le royaume rentre dans la possession glorieuse de l’unité. Bienheureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde.