La miséricorde et le don de conseil sont unis. Ceux qui le possèdent font l’aumône à toutes les créatures, et, après avoir répandu la miséricorde sur toute douleur et toute souffrance, ils poursuivent la miséricorde elle-même dans le sein de Dieu ; ils la poursuivent dans l’unité, jusqu’à ce que les forces leur manquent pour s’enfoncer plus avant.

SUBLIMITÉ DU DON DE CONSEIL

Celui qui veut posséder le don de conseil dans la plénitude de sa perfection doit viser à la ressemblance même de Dieu et ne pas se contenter d’une excellence inférieure. Il faut que, ravi par l’amour, il adhère à l’essence suressentielle. Ceux qui s’inclinent et s’abîment dans l’essence supersubstantielle, y trouveront la jouissance immense : ils recevront avec une joie immense la lumière simple dans la puissance de l’unité. Ceux qui vont dans ce lieu sacré, impénétrable à l’ennui terrestre, ne peuvent échapper aux mains du ravissement qui les plonge dans la lumière simple où ils s’éloignent d’eux-mêmes par la fuite sublime, très lointaine et sans retour. Et ils deviennent le trône où le Dieu des délices se repose avec le ciel entier. Ainsi, sans défaillance, nous aspirerons, la bouche ouverte, vers l’essence superessentielle. Mais toujours penchés sur le monde inférieur, par toute pratique, par toute vérité, par toute activité, par toute justice, nous dessinerons notre royaume intérieur à l’image et ressemblance du Seigneur Dieu. Mais un désir médiocre, qui ne vous suspendrait pas à l’essence divine, serait un cruel empêchement. Les gens du désir médiocre ne reçoivent pas le rayon ; ils ne sont pas touchés par l’ignorance sublime, par l’ignorance essentielle des mesures humaines ; ils subsistent en eux-mêmes. Ils font défaut à la lumière ; ils n’aspirent pas, la bouche ouverte, vers le lieu où l’homme ne se connaît plus. C’est pourquoi les gens du désir médiocre ne sont pas dévorés sur terre par la gueule béante de la béatitude.

LE DON D’INTELLIGENCE

Quand l’homme a senti l’attrait intérieur du Père, quand il a été illuminé par le Fils et embrasé par le Saint-Esprit, il a conquis la ressemblance divine. Mais voici le moment de croître dans cette similitude. Vous avez beaucoup reçu : mais vous pouvez recevoir encore mille fois davantage. L’intelligence ne peut être illuminée au point de n’avoir plus à désirer de lumière, ni l’âme embrasée au point de n’avoir plus à désirer d’amour.

L’homme a été créé de rien. C’est pourquoi il poursuit ce rien, qui n’est nulle part, et, dans cette poursuite, il s’écoule si loin de lui-même, qu’il perd sa propre trace ; plongé dans la simple essence de la Divinité, comme dans son fond propre, il s’en va mourir en Dieu. Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur.

Dieu adhère à son essence, dans la jouissance qui l’a d’elle-même, et contemple ce dont il jouit.

Dans notre jouissance, la lumière divine succombe, parmi les ténèbres sacrées de l’ignorance suressentielle. Mais dans la contemplation, la vision ne succombe pas. Notre contemplation et notre jouissance seront également éternelles.

Ceux qui sentent les défaillances de la lumière sont ceux-là mêmes qui se sont réfugiés, bienheureux et sublimes, dans la très vaste solitude de la Divinité, où le Seigneur se possède et jouit de son essence. C’est là que la lumière tombe en défaillance ; car l’essence divine ignore la mesure humaine. Ceux-là sont les tabernacles du Seigneur, ensevelis en lui, et jouissant à jamais.

Cette mort n’est qu’un point de départ, d’où s’élance la vie contemplative, et voici le don de l’intelligence.