Voilà le manteau de saint Denys, Rusbrock l’a reçu des mains de son Père.
La parole de Rusbrock est une forêt vierge où le voyageur ne s’égare pas. Ce sont des profondeurs, des ravins, des hauteurs, des précipices, des montagnes, des orages, des abîmes, des obscurités, des transports de lumière, des ombres noires, des tremblements d’étoiles.
Mais une paix supérieure plane, les ailes étendues, sur toutes ces tempêtes de lumière et d’ombre ; une sérénité invincible saisit, embrasse, pénètre et transperce tous ces éclats et toutes ces ténèbres.
C’est toujours la crainte.
Ce n’est jamais la peur.
Cet abîme sans fond dont il parle toujours est terrible en vérité ; mais cet abîme est un ami.
L’Ornement des noces spirituelles transporta d’admiration tous les docteurs mystiques. Couverts maintenant par les bruits qui se font en bas, les cris de leur admiration ont éveillé jadis tous les échos du monde chrétien. Tout ce qu’il y avait de grand sur la terre se donnait rendez-vous dans la Vallée-Verte, et ces illustres pèlerins, qui avaient obtenu quelques mots tombés des lèvres du solitaire, s’en allaient, chargés de leur trésor, et méditaient, pendant le reste de leur vie, les paroles rares et brèves qui leur avaient été dites.
Les discours de Rusbrock, ses cris et ses désirs ressemblent aussi à des pèlerins qui se donneraient rendez-vous dans la solitude où Dieu vit et règne. Ce ne sont pas des créatures posées et arrêtées ; ce sont des créatures errantes et cherchantes.
Ce sont les pèlerins du grand sanctuaire ; et quand ils arrivent au rendez-vous, ils tombent à genoux, sans parler. Pendant la route, ils étaient encore capables de se traîner et de balbutier ; mais quand ils arrivent là où ils allaient, accablés par la volupté de l’impuissance où l’adoration les réduit, ils se précipitent ensemble dans un très grand silence et dans un très grand sanglot.