—Ils béniront leur bonne fortune,» dit Mme Clay (son père l'avait amenée, rien n'étant si bon pour sa santé qu'une promenade à Kellynch). «Mais je pense, comme mon père, qu'un marin serait un très désirable locataire. J'en ai connu beaucoup. Ils sont si scrupuleux, et si larges en affaires! Si vous leur laissez vos beaux tableaux, Sir Walter, ils seront en sûreté: tout sera parfaitement soigné. Les jardins et les massifs seront presque aussi bien entretenus qu'actuellement. Ne craignez pas, miss Elliot, que vos jolies fleurs soient négligées.

—Quant à cela, répondit froidement Sir Walter, si je me décidais à louer, j'hésiterais à accorder certains privilèges; je ne suis pas disposé à faire des faveurs à un locataire. Sans doute le parc lui sera ouvert, et il n'en trouverait pas beaucoup d'aussi vastes.

»Quant aux restrictions que je puis imposer sur la jouissance des réserves de chasse, c'est autre chose. L'idée d'en donner l'entrée ne me sourit guère, et je recommanderais volontiers à miss Elliot de se tenir en garde pour ses parterres.»

Après un court silence, M. Shepherd hasarda: «Dans ce cas, il y a des usages établis, qui rendent chaque chose simple et facile entre propriétaire et locataire. Vos intérêts, Sir Walter, sont en mains sûres: comptez sur moi pour qu'on n'empiète pas sur vos droits. Qu'on me permette de le dire: je suis plus jaloux des droits de Sir Walter, qu'il ne l'est lui-même.»

Ici, Anna prit la parole.

«Il me semble que l'armée navale, qui a tant fait pour nous, a autant de droits que toute autre classe à une maison confortable. La vie des marins est assez rude pour cela, il faut le reconnaître.

—Ce que dit miss Anna est très vrai, répondit M. Shepherd.

—Certainement,» ajouta sa fille.

Mais bientôt après, Sir Walter fit cette remarque: «La profession a son utilité, mais je serais très fâché qu'un de mes amis lui appartînt.

—Vraiment? répondit-on avec un regard de surprise.