Walter ne bougea pas. Tout à coup, elle se trouva débarrassée. Quelqu'un enlevait l'enfant, détachait les petites mains qui entouraient le cou d'Anna, et emportait le petit garçon avant qu'elle sût que c'était le capitaine.
Elle ne put dire un mot pour le remercier, tant ses sensations étaient tumultueuses. L'action du capitaine, la manière silencieuse dont il l'avait accomplie, le bruit qu'il fit ensuite en jouant avec l'enfant pour éviter les remerciements et toute conversation avec elle, tout cela donna à Anna une telle confusion de pensées qu'elle ne put se remettre, et, voyant entrer Marie et les misses Musgrove, elle se hâta de quitter la chambre. Si elle était restée, c'était là l'occasion d'étudier les quatre personnes qui s'y trouvaient.
Il était évident que Charles Hayter n'avait aucune sympathie pour Wenvorth. Elle se souvint qu'il avait dit au petit Walter, d'un ton vexé, après l'intervention du capitaine:
«Il fallait m'obéir, Walter; je vous avais dit de ne pas tourmenter votre tante.»
Il était donc mécontent que Wenvorth eût fait ce qu'il aurait dû faire lui-même? Mais elle ne pouvait guère s'intéresser aux sentiments des autres, avant d'avoir mis un peu d'ordre dans les siens.
Elle était honteuse d'elle-même, humiliée d'être si agitée, si abattue pour une bagatelle; mais cela était, et il lui fallut beaucoup de solitude et de réflexion pour se remettre.
[CHAPITRE X]
Les occasions ne manquèrent pas pour faire de nouvelles remarques. Elle avait vu assez souvent les deux jeunes gens et les deux jeunes filles ensemble pour avoir une opinion, mais elle était trop sage pour la laisser voir à la maison. Elle n'aurait satisfait ni le mari ni la femme.
Elle supposait que Louisa était préférée à sa sœur, mais sa mémoire et son expérience lui disaient que le capitaine n'éprouvait d'amour ni pour l'une ni pour l'autre. Le sentiment qu'elles avaient pour lui était peut-être plus vif; c'était de l'admiration qui pouvait devenir de l'amour. Cependant quelquefois Henriette semblait indécise entre Hayter et Wenvorth. Anna eût voulu les éclairer tous sur leur situation, et leur montrer les maux auxquels ils s'exposaient. Elle n'attribuait à aucun d'eux une mauvaise pensée, et se disait avec joie que le capitaine ne se doutait pas du mal qu'il causait; il n'avait aucune fatuité et ne connaissait pas sans doute les projets de Hayter. Seulement il avait tort d'accepter les attentions des deux jeunes filles.