«Je vous assure, Charles, que je ne l'ai pas entendu nommer Anna deux fois.

—Je n'en sais rien, mais il vous admire beaucoup. Sa tête est remplie des lectures que vous lui avez recommandées, et il désire en causer avec vous. Il a découvert... oh! je ne puis me rappeler quoi, quelque chose de très beau. Il expliquait cela à Henriette, et, parlant de vous, il prononçait les mots: élégance, douceur, beauté. Oh! je l'ai entendu, Marie; vous étiez dans l'autre chambre: il ne pouvait tarir sur les perfections de miss Elliot.

—Il faut convenir, dit Marie avec vivacité, que, s'il a dit cela, ce n'est pas à sa louange: sa femme est morte en juin dernier. Un cœur pareil n'est pas désirable; n'est-ce pas, lady Russel?

—Et je vous affirme que vous le verrez bientôt, dit Charles, il n'a pas eu le courage de venir au cottage, mais il trouvera quelque jour la route de Kellynch, comptez-y. Je lui ai dit que l'église méritait d'être vue, et comme il a du goût pour ces sortes de choses il aura là un bon prétexte. Il a écouté avidement, et je suis sûr qu'il viendra bientôt. Ainsi je vous avertis, lady Russel.

—Les amis d'Anna seront toujours les bienvenus chez moi, répondit-elle obligeamment.

—Oh! dit Marie, quant à être une connaissance d'Anna, il est plutôt la mienne, car je l'ai vu tous les jours de cette quinzaine.

—Eh bien, je serai très heureuse de voir le capitaine Benwick comme votre connaissance à toutes deux.

—Vous ne trouverez rien de très agréable en lui, je vous assure: c'est l'homme le plus ennuyeux qu'on puisse voir. Il s'est promené sur la plage avec moi, plusieurs fois, sans dire un mot. Il n'est pas bien élevé, et il est certain que vous ne l'aimerez pas.

—En cela, nous différons, dit Anna. Je crois que lady Russel l'aimera, et que son esprit lui plaira tellement qu'elle ne trouvera aucun défaut à ses manières.

—Je pense comme vous, dit Charles. Il a justement ce qu'il faut pour lady Russel. Donnez-lui un livre, et il lira toute la journée.