»Ma chère cousine, dit-il en s'asseyant près d'elle, vous avez plus de droits qu'une autre d'être difficile. Mais cela vous servira-t-il à quelque chose? En serez-vous plus heureuse? N'est-il pas plus sage d'accepter la société de ces bonnes dames, et d'en avoir les avantages? Soyez sûre qu'elles brilleront aux premières places cet hiver, et cette parenté donnera à votre famille (permettez-moi de dire à notre famille) le degré de considération que nous pouvons désirer.
—Oui, soupira Anna, notre parenté sera suffisamment connue. Je crois qu'on a pris trop de peine pour cela. Il faut croire, dit-elle en souriant, que j'ai plus d'orgueil que vous tous, mais j'avoue que je suis vexée de cet empressement à faire connaître notre parenté, qui doit leur être parfaitement indifférente.
—Pardonnez-moi, ma chère cousine; vous êtes injuste dans votre propre cause. Peut-être qu'à Londres, avec notre simple train de vie, il en serait ainsi; mais à Bath, Sir Walter Elliot et sa famille seront toujours appréciés à leur valeur.
—Eh bien! dit Anna, je suis trop orgueilleuse pour me réjouir d'un accueil dû à l'endroit où je suis.
—J'aime votre indignation, dit-il; elle est très naturelle; mais vous êtes à Bath, et il s'agit d'y paraître avec la dignité et la considération qui appartiennent de droit à Sir Walter Elliot. Vous parlez d'orgueil: on me dit orgueilleux, je le suis, et ne désire pas paraître autre; car notre orgueil à tous deux, si l'on cherchait bien, est de même nature, quoiqu'il semble différent. Sur un point, ma chère cousine (continua-t-il en parlant plus bas, quoiqu'il n'y eût personne dans la chambre), je suis sûr que nous sommes du même avis. Vous devez sentir que toute nouvelle connaissance que fera votre père parmi ses égaux ou ses supérieurs peut servir à le détacher de ceux qui sont au-dessous de lui.» Il regardait en parlant ainsi le siège que Mme Clay avait occupé. C'était un commentaire suffisant; Anna fut contente de voir qu'il n'aimait pas Mme Clay, et elle le trouva plus qu'excusable, en faveur du but qu'il poursuivait, de chercher de hautes relations à son père.
[CHAPITRE XVII]
Tandis que Sir Walter et Élisabeth se lançaient dans le grand monde, Anna renouait une connaissance d'un genre très différent.
Elle avait appris qu'une de ses anciennes compagnes demeurait à Bath. Mme Shmith (autrefois miss Hamilton), âgée de trois ans de plus qu'Anna, avait été très bonne pour elle, quand elle entra à quatorze ans dans une pension, après la mort de sa mère. Elle fit ce qu'elle put pour adoucir le chagrin d'Anna, qui en garda un souvenir reconnaissant. Miss Hamilton quitta la pension un an après et épousa bientôt un homme riche.
Depuis deux ans, elle était veuve et pauvre. Son mari était un extravagant qui dissipa sa fortune, et laissa des affaires embrouillées. Elle eut des ennuis de toute espèce.