—Sur nos yeux, ce sera fait.»
Notre émotion n'avait d'égale que notre reconnaissance; Cheikh M'sel l'a bien compris.
Il était d'autant plus généreux à lui de s'occuper de nos affaires qu'il avait de graves soucis. Des tribus campées au sud de Felieh ont refusé l'impôt. La guerre a été déclarée, et l'on apprêtait les navires, copiés, semble-t-il, sur les nefs de saint Louis, qui doivent transporter les troupes du cheikh en plein pays rebelle.
Huit cents hommes vêtus à leur guise, mais armés d'excellents martinis, s'empilaient sur les bateaux. Cordages, chaloupes, bordages, échelles disparaissaient sous des grappes de têtes coiffées de couffès aux couleurs éclatantes. Au-dessus de cette foule bariolée étincelaient les fusils, dont aucun guerrier ne se dessaisit. Quel enthousiasme! quel délire! Sur un signe du cheikh toute la tribu l'eût suivi. Les cavaliers eux-mêmes eussent abandonné leurs chevaux, inutiles dans un pays coupé de canaux et de marais. Mieux que le coq, l'homme est un animal de combat. Rezal, le jeune frère de M'sel, me pria d'intercéder pour lui.
DÉPART DU CHEIKH M'SEL POUR LA GUERRE.
«Si j'écoutais mes parents et mes soldats, me répondit le cheikh, il ne resterait ici que des femmes. Que ma mère n'est-elle là? Je lui confierais la garde de Felieh et je partirais tranquille. Elle était le plus vaillant guerrier de la tribu.... L'odeur de la poudre, qu'elle aimait tant, ne la réveillera plus! Rezal doit me remplacer.»
Cheikh M'sel accompagne ses troupes, mais il ne conduira pas la bataille. Les beaux jours sont passés où, capitaine de l'armée paternelle, il se lançait furieux dans la mêlée, le sabre aux dents, le pistolet au poing. Son beau-frère commandera les manœuvres, tandis qu'assis sur un point culminant il suivra des yeux les péripéties du combat.
Xerxès sur un trône pendant la bataille de Salamine.
Comme l'expédition s'éloignait, nous reprenions encore la route de Bassorah, afin d'envoyer un télégramme au commandant du Sané et le prier de nous attendre une vingtaine de jours. Puis nous sommes montés sur un septième belem, disposés à pousser les bateliers l'épée dans les reins, si cela devient nécessaire. Trois cavaliers de Cheikh M'sel, partis le même jour, portent à Suse un sac de krans et la nouvelle de notre prochaine arrivée à Kalehè-Bender.