DERVICHE. (Voyez p. 39.)
Il exploita la jalousie qu'inspirait à l'Angleterre l'établissement portugais et conclut un traité d'alliance avec la Compagnie des Indes Orientales. La Compagnie, exemptée du payement de tous droits sur les marchandises importées à Gombroun, prélèverait même une part des taxes réclamées aux autres nations; en échange de ces faveurs, elle devait fournir les moyens de conquérir Ormuzd.
Une flotte fut assemblée et les coalisés mirent le siège devant la place.
Les Portugais se défendirent avec courage; mais, épuisés par la faim, la soif et la maladie, ils capitulèrent. La ville, abandonnée aux Persans, fut pillée et détruite.
Au terme du traité conclu entre Chah Abbas et la Compagnie, les prisonniers chrétiens appartenaient aux Anglais. Les vaincus eurent-ils à se louer de cette clause spéciale? J'en doute. Après s'être vanté de son humanité, Mormox, le chef de l'expédition, écrit naïvement: «C'est du ciel qu'il me faut désormais attendre ma récompense, car les Portugais ne sont guère reconnaissants» (1621).
En apprenant la reddition d'Ormuzd, Chah Abbas fut transporté de joie et n'eut plus qu'un souci: manquer à ses engagements. Il dénia aux Anglais le droit de s'installer dans l'île ou sur tout autre point du golfe et accabla de vexations ses anciens complices; depuis cette époque, l'histoire des factoreries de Gombroun se réduit au récit des dangers et des misères dont pâtissent les établissements commerciaux dans les pays où le bon plaisir tient lieu de loi. Chah Abbas ne profita pas de la ruine des comptoirs portugais; il crut avoir assez fait pour la prospérité de Gombroun en changeant son ancien nom contre celui de Bender-Abbas (Port d'Abbas).
Franchissons deux siècles. Bender-Abbas avait été cédé au sultan de Mascate contre une redevance annuelle; le locataire manqua bientôt à ses engagements. Le chah demanda la restitution de la ville, qui n'avait jamais été vendue, mais affermée; l'imam de Mascate fit la sourde oreille, et la guerre fut déclarée.
Un corps de troupes composé de cinq mille hommes, choisis parmi les toufangtchis des provinces de Chiraz et de Kirman, indisciplinés, mal vêtus, minés par la fièvre, prit la route de Bender-Abbas. L'attaque fut fixée au 9 du Rabi oul awal (1854). Au moment d'agir, les chefs se trouvèrent en complet dissentiment. Depuis l'aurore jusqu'à trois heures du soir, ils discutèrent le plan d'attaque. Enfin les troupes s'ébranlèrent. Elles arrivèrent jusqu'à trois cents pas de la ville sans perdre un homme, bien que les Arabes les eussent saluées de quatre décharges successives.
Vous vous représentez les sapeurs ouvrant des parallèles, tressant des fascines, dressant des gabions farcis? Détrompez-vous: l'armée était munie de huit pioches, et les seuls fourneaux creusés avec ces outils furent les fourneaux destinés à cuire le pilau des régiments.